le blog de Primatin

15 novembre 2008

Bienvenue

Philippe-Emmanuel souhaite la bienvenue aux descendants de Primatin et Primatine, venus rendre visite à leurs ancêtres dans leur hutte virtuelle.

Des trésors de sagesse sont à découvrir chez nos premiers grands-parents. Chaque quinzaine, avec amour et humour, ils offriront une perle à leurs visiteurs. Voici (dans l'ordre alphabétique) un premier échantillon des thèmes et personnes concernés:

  • anthropologie
  • bonheur
  • Christ
  • Darwin
  • évolution
  • foi

Impulsés de la jungle, Primatin et Primatine eurent l'immense responsabilité et le grand honneur de sauver du désastre les expulsés de l'Eden, totalement démunis devant les luttes de la vie. Sans l'aide de ces rustres simiesques, le couple d'aristocrates qui se croyait à l'image de Dieu n'aurait pas survécu…

Dans la littérature française, la première mention de Primatin et Primatine remonte à l'an 1659, deux siècles  avant que Charles Darwin ne publie  L'Origine des espèces. Religieusement incorrectes et donc cachées jusqu'ici, quatre strophes parlent d'une rencontre d'Adam et Eve avec un autre couple humain Au choix, chacun  pourra déclamer ce qui suit en alexandrin classique (six pieds/coupe/six pieds) ou en SLAM moderne (mesures de 6 temps).

SLAM ORIGINEL

Adam et Ève erraient sur une terre hostile.
Tout leur était donné, tout leur était facile,
Quand ils vivaient encore au jardin merveilleux.
Point d’outils pour aider nos mythiques aïeux :
Ils n’avaient pas pensé que ce leur fût utile.
Ils allaient sans amis, dans la crainte, fragiles,
Brisés par la douleur, terrifiés par la mort,
Enfants impréparés à leur pénible sort.
Le soir ils titubaient, de fatigue comme ivres,
Expulsés de l’Éden, ils cherchaient à survivre.
*
Après l’enchantement du jardin des délices,
La vie réelle était un douloureux supplice.
Bel Adam s’lamentait dessus son oreiller,
Arrosant son Eva de ses baisers mouillés.
« Ma détresse est trop grande et ma lutte trop dure.
Pourquoi Dieu envoie-t-il tous ces maux que j’endure ?
Aux désirs de ma mie, j’ai répondu “Présent !”
Ève tendit la pomme et j’ai croqué dedans.
Est-ce là un péché ? Voilà-t-il le grand crime
Qui nous vaut d’angoisser tous deux dans cet abîme ? »

« Mes chers enfants » dit Dieu « il faut que vous passiez
De faciles plaisirs, de ventres rassasiés,
Au bonheur difficile obstinément cherché.
Vous trouverez une aide, en Occident marchez ! »
Ils marchèrent longtemps, toujours vers le couchant,
En traînant deux marmots geignards et rouspétant.
Harcelés par des maux contrariant leurs envies,
Lentement, chaque jour, ils apprenaient la vie.
Mais il manquait encore à leur éducation
Des instructeurs formés grâce à l’évolution.
*
Lointainement issue de l’animalité,
Dans la jungle naissait une autre humanité.
Sortie du fond des temps, habituée aux luttes,
Endurcie par les coups, plus forte après les chutes,
Elle avait combattu sans jamais se lasser,
Sans gémir sur son sort, sans crier « C’est assez ! »
De cette race là un couple valeureux
Pour nos quatre expulsés se montra généreux.
L’habile Primatin, la sage Primatine
Vinrent porter secours à l’image divine !


Lire la suite dans le second message, daté du 30 novembre et intitulé "Rencontre".


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30 novembre 2008

Rencontre

ou comment Primatin et Primatine secoururent les expulsés de l'Eden, qui erraient dans une jungle hostile…
(cet épisode fait suite au SLAM originel, à lire dans le message du 15 novembre intitulé "Bienvenue").

Merci, Primatin !

  Errant un soir à l’ouest d’Éden, les expulsés aperçurent une lueur étrange. Diffuse, elle n’avait pas le regard fixe de la lune au-dessus de l’horizon. S'approchant prudemment, ils virent un couple qui leur ressemblait (en moins beau, pensèrent-ils). Revêtus d’une épaisse toison de poils, une paire de jumelles piaillant autour d’eux, deux êtres d’allure simiesque entouraient une clarté dansante. Surtout, ils mangeaient !
  Surmontant leur répugnance, Adam et Ève firent signe qu'ils avaient faim. Primatin et Primatine partagèrent volontiers. Grillés au feu, viandes et poissons réconfortèrent les malheureux vagabonds. Caïn et Abel cessèrent de geindre : ils se remplissaient la panse pour la première fois de leur vie.
  Tout en mangeant, Adam s’enquit auprès de son hôte des techniques qu’il utilisait pour chasser et pêcher. Primatin lui montra ses couteaux de silex, ses pièges, ses flèches, ses harpons. Pendant ce temps, avec force gestes, Ève tentait de raconter l'Éden à Primatine, qui l'écoutait polie, feignant l’admiration. Après le repas, Caïn et Abel jouèrent avec Luth et Batt (les deux jumelles). La soirée se conclut dans la joie. Par leurs mimiques, les Primatin transmirent aux Adam le rire propre à notre espèce. Il fuse mieux quand les ventres sont pleins.
   Les Primatin se retirèrent dans leur hutte, les Adam sous un arbre. Repus, Caïn et Abel s'endormirent. Leurs parents discutèrent tard dans la nuit :
— Penses-tu laisser nos fils jouer avec leurs filles ? s’inquiétait Adam. Nous sommes image de Dieu, et ces gens-là ressemblent aux singes !
— Je crains comme toi une mésalliance, répondait Ève. Cependant, j’ai de la sympathie pour cette Primatine et son époux est un macaque habile. Ces gens-là survivent mieux que nous. Si nous nous lions d’amitié avec eux, ils nous montreront tous leurs trucs…
  Adam et Ève avaient gardé confiance en Dieu. Dans une fervente prière, ils le supplièrent de les éclairer:

Nous qui avons connu un début très glorieux,
De tes mains façonnés, ô divin Roi des Cieux,
Pouvons-nous fréquenter ces roturiers pirates
Dont la lignée remonte aux bourses d’un primate ?

  Dans l'intimité du jardin d'Éden, Adam et Dieu conversaient au grand jour. Par sa désobéissance, Adam avait galvaudé ce privilège, mais Dieu continuait de l’instruire pendant qu’il dormait.
  Cette nuit-là, Adam vit en songe un long cortège. À l'arrière se traînaient des animaux rampants. Au milieu, une multitude progressait à quatre pattes. À l'avant, des espèces cherchaient la position verticale. En tête marchaient Primatin et Primatine. Et Dieu leur tendait la main !
— Bien qu'ils ne me connaissent pas encore, je les aime autant qu’Ève et toi, confia Dieu au subconscient d'Adam. Sans se prendre pour mon image, ils sont le fruit de mon dynamisme créateur. L’orgueil vous fit aristocrates déchus, car je renverse les puissants de leur trône. Mais j'élève les humbles : Primatin et Primatine sont des primates promus.
   Le soleil était haut dans le ciel, quand Adam et Ève se réveillèrent.
— Dieu m'a parlé dans mon sommeil, dit Adam à sa compagne.
  Il lui raconta son rêve…
— C'est Lui qui met la famille Primatin sur notre route, répondit Ève.
— Nous allons vivre avec eux, conclurent-ils dans un bel accord conjugal.
  Primatin entraîna Adam à confectionner des outils, à chasser, à pêcher, à faire du feu. Le soir, à la veillée, Adam et Ève racontaient l’Éden. Adam mentionna Dieu, qui les avait placés dans ce paradis.
— Qui est Dieu ? demandèrent Primatin et Primatine.
— Difficile de l’expliquer à des primitifs de votre espèce ! rétorqua l’aristocrate. Dieu existe, je L'ai rencontré !
  Ève insistait sur les dons extraordinaires qui leur avaient été accordés.
— Dans le jardin d'Éden, dit-elle un jour à Primatine, nous ne devions pas mourir.
— Pas mourir ? s'exclama Primatine avec bon sens, mais, dans la nature, tout meurt pour laisser la place aux suivants…
  Ève raconta qu'elle avait enfanté ses deux aînés sans aucune douleur, tandis qu’accoucher lui devenait pénible à présent. Primatine pensait que sa copine galéjait, embellissant les souvenirs de sa vie de château. Mais elle gardait cette réflexion pour elle.


Suite le 15 décembre…
Dans l'attente,
au bout de ce clic, une sorte de manifeste :

Luttons_pour_vivre_

 

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15 décembre 2008

Pesanteur

Lire les deux épisodes précédents dans "Bienvenue" et "Rencontre"

  Un matin, Primatin monta haut dans un arbre, jusqu'à un nid qu'il avait repéré la veille. Il voulait y dérober les œufs du déjeuner. Hélas, à sa descente, une branche céda. Il tomba lourdement sur le sol, et se releva en hurlant de douleur. Tout en le réprimandant, Primatine se précipita pour le masser :
— Je t'avais dit de ne pas grimper si haut ! Tu veux me rendre veuve ?

  Brutal, le massage augmentait la douleur. Ève proposa ses services.
— Vous êtes « ma sœur » ? s’étonna Primatin.
— Non ! Masseuse, répondit-elle. Je sais guérir le mâle dont je fus tirée.
  Adam intervint, sûr en chéri :
— Sans conteste, Ève est la patronne des masseurs (qui n’hésitent, ni ne rapeutent). Après son extraction, elle me massa les côtes pour me remettre en état. Par la suite, je n’eus plus besoin de ce service, car aucune douleur n’existait en Éden. Si je tombais d’un arbre, un ange déployait ses ailes pour amortir ma chute…

Allons ! Cher Primatin ! Oublie ton infortune !
Arrête de crier, de gémir sous la lune !
Aux mains expertes d’Ève, livre-toi de bon cœur !
Du jardin des délices, retrouve le bonheur !

  Primatin accepta le massage et loua l’habileté qui apaisait ses souffrances. Mais il refusa de s’abandonner à un plaisir paradisiaque :
— J’apprécie dans ton Ève une honnête masseuse. Et je la reconnais digne d’être ma sœur. Je ne crois pourtant pas à votre paradis, car je connais trop bien les luttes de la vie… Nous sommes compagnons de hutte ici-bas ; entraidons-nous en frères dans nos justes combats !

  Resté boiteux dans l’affaire, Primatin tourna son infirmité à l’avantage de sa tribu. Il découvrit et enseigna les bases de la sécurité ascensionnelle. Quand un fiston devait grimper très haut, il le munissait d’une liane à s’attacher au corps ; puis il lui recommandait de la faire passer autour d’une branche en surplomb, au fur et à mesure de sa progression dans l’arbre. Au pied de l’arbre, Primatin se tenait prêt à retenir le grimpeur. Des millénaires avant Isaac Newton, il connaissait par expérience l’implacable loi de l’attraction terrestre.


Pesanteur physique… Pesanteur morale… Chutes et rechutes…

Un primate promu peut-il accéder à l'apesanteur divine ?

Bon_Noel

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30 décembre 2008

Crime

Du sang chez les Adam

[Lire les épisodes précédents dans les trois premiers messages]

  En dépit des animaux prédateurs, des effets néfastes de la pesanteur et d’autres inconforts, nos ancêtres goûtaient l’euphorie d'une nature vierge. Adam et Ève conçurent des filles, tandis que Primatin et Primatine enfantèrent des garçons. La sueur au front n’était pas une punition. On ne gémissait pas sur la météo, le trop pluvieux ou le trop chaud. En luttant pour vivre, Ève cessait peu à peu de regretter l’Éden. Elle se rangeait au sage avis de son amie Primatine :
— Il te faut quitter le rêve pour trouver ton bonheur dans la réalité.
   Hélas ! Les dix-huit printemps de Caïn sonnèrent une année sinistre. Depuis l’enfance, l'aîné de la famille Adam se montrait jaloux de son frère cadet. Les deux garçons n’avaient pas douze mois d’écart. Caïn reprochait-il à son frère d’avoir accaparé la tendresse de maman ?
— MAKO PAL MALIQ'A, commentait Primatine dans le langage des premiers humains (reconstitué par Merritt Ruhlen, linguiste américain).
  On pourrait traduire :
— Les deux enfants se sont disputé le sein.
  Pour les séparer, leurs parents confièrent à chacun une responsabilité particulière. Pendant que Caïn prenait soin du potager, Abel menait paître les moutons. À chaque pleine lune, ces pieux garçons sacrifiaient à Dieu le dixième de leur revenu mensuel. Mais Caïn soupçonna que Yahvé méprisait ses légumes, préférant Abel et ses jolis agneaux. Alors intervint Satan le diabolos, le diviseur rusé. Il changea la piété de Caïn en jalousie homicide. « Plus près de Dieu que moi, tu meurs ! » soufflait-il à Caïn, quand la volute des offrandes fraternelles s’élevait légère vers le firmament, tandis que l’épaisse fumée des siennes rampait lamentablement sur le sol.

*

  Un soir d'été, aucun des deux frères ne vint partager le repas de la tribu. Adam partit à leur recherche. La nuit était tombée, les enfants dormaient sous les huttes, quand Adam resurgit, titubant, hagard.
— Alors ?  s'exclamèrent ensemble Ève, Primatin, Primatine.
— Abel est mort et Caïn a disparu, répondit Adam dans un souffle.
— Un tigre les a attaqués ? sursauta Primatin.
— Non, reprit Adam. Près du corps de son frère, j'ai trouvé le gourdin de Caïn, tâché de sang.
  Il éclata en sanglots. Ève poussa des cris déchirants.
  Primatin et Primatine se regardaient, consternés. Aussi loin que remontait leur atavique mémoire, aucun de leurs ancêtres n'avait tué par méchanceté. On tuait pour manger, pour se défendre, par nécessité vitale. Sous l'emprise de quel démon ces cousins de l'Éden inventaient-ils le meurtre ?
  Dès lors, ce fut la famille Primatin qui redouta une mésalliance…

*

  Avec le temps, Caïn fut oublié. Après Abel, Ève avait donné naissance à deux jumeaux, Seth et Khom. (Le nom de Khom n’est pas mentionné dans La Genèse, pas plus que ceux des enfants qui suivirent. Adam engendra « des fils et des filles », voilà ce qui est écrit au verset 4 du chapitre 5).
  Quand les jumeaux eurent vingt ans, Seth épousa Luth (pour la vie) ; et Khom, Batt (for SUR/VIVAL). Dans les années qui suivirent, aristocrates déchus et primates promus continuèrent de s’accoupler. Au bout du compte, six fils Adam étaient en ménage avec les six filles Primatin, tandis que les six fils de Primatine faisaient des enfants aux six filles d’Ève. Ces douze couples cultivèrent une fécondité propice au démarrage de l’espèce humaine. Ils donnèrent 144 petits-enfants à nos premiers grands-parents.
  Sans l’aide de roturiers aguerris aux luttes de la vie, les aristocrates éclos dans un cocon douillet n’avaient aucune chance de se multiplier pour conquérir la terre. Manifestons notre reconnaissance à Primatin et à Primatine! Au plafond de la chapelle Sixtine, Michelangelo peignit Adam avec un nombril en triangle. Pour honorer la préhistoire tout autant que le mythe, je suggère au Vatican d’élever un monument à l’autre couple de nos aïeux. Leur statue honorerait ses paisibles jardins. J’imagine l’œuvre d’art ainsi dédicacée:

EN SORTANT LE PREMIER DE L’ANIMALITÉ
UN COUPLE COURAGEUX FORGEA L’HUMANITÉ

[le 15 janvier, suite sous le titre "utopisme"; en attendant, veuillez cliquer ci-dessous]


Bonne année 2009 avec Paul et Charles 


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15 janvier 2009

Utopisme

Le trop facile est inhumain

[suite des quatre messages précédents]

  Primatin et Primatine nous montrent ce que cachait la légende édénique : sans opposition, aucun être humain ne grandit ; sans conflit, aucune société ne progresse.
  Primatin tombe d’un arbre, se casse la jambe et souffre beaucoup. Il reste boiteux, mais il ne se plaint pas. Il ne reproche son malheur ni à Dieu, ni au diable, ni au péché de ses ancêtres. Son infirmité renforce la solidarité familiale. Que ses fils montent aux arbres à sa place !
  Depuis son enfance, Primatin ignorait la vie facile et protégée. Il ne gardait aucun souvenir de sa mère : elle mourut après l’avoir allaité. À la fin de sa septième année, il chassait avec son père quand un tigre énorme les surprit. Papa n’eut que le temps de le hisser sur la branche d’un arbre. Puis, dégainant sa hache de pierre, il affronta le monstre.
  Le combat fut inégal. Quand l’image du corps déchiqueté lui revenait en mémoire, Primatin ne songeait qu’à se venger. Tendu en avant par la rage de vaincre, il fabriqua un piège à tigres. Ce fut sa première invention.

  Primatine ? Une lutteuse, elle aussi ! Lasse d’entretenir le foyer jour et nuit, elle fit tourner une baguette de bois dur dans un bol de bois tendre. Procédant à de nombreux essais, avec différentes essences d’arbre, elle finit par obtenir de la braise, et elle en fit jaillir une flamme. Le Sorcier de la tribu n’apprécia pas cette découverte, qui concurrençait son pouvoir. Il exclut la dangereuse innovatrice. Primatin partit avec elle.

*

  Comme cadeau de bienvenue, les impulsés offrirent aux expulsés une peau de tigre. C’était pour garnir la hutte que Primatin et Primatine aidaient Adam et Ève à construire. Tout en s’activant, les impulsés racontaient leurs luttes dans la jungle.
  Adam intervint :
— En Éden, les tigres mangeaient de l’herbe et nous les caressions comme des moutons.
  Ève ajouta :
— Pas de feu ! Les cailles nous tombaient toutes rôties du ciel.  Primatin se curait les dents avec un poil arraché à la moustache du félin occis (une pratique qui reste en vigueur dans la jungle de Malaisie). Il retira le poil et grommela dans sa barbe :
— Ni tigre mangeur d’homme, ni feu dévoreur de hutte ! Comment devenir humain dans votre paradis ?
— « MAHA-NA, M’BÉLÉ ! », reprit sentencieusement Primatine.
  Littéralement : humain pas, le trop facile (en primatinien, bélé = facile, car c’est ce que fait le mouton ; m’bélé = trop facile). Soit, en bon français, le trop facile est inhumain.

*

  Face à l’idéalisme que, malgré son échec, la belle Ève essayait encore de promouvoir, la robuste Primatine initia une philosophie du réel qui aida l’humanité à vaincre les multiples obstacles de son parcours terrestre. Quand vécut notre mamie à tous ? Je situe mes héros au Paléolithique supérieur, après l’invention de l’outil (qui permit notre survie), mais avant l’instauration de la morale (qui nous causa bien du souci).
  Remonter aux bourses d’un primate demanderait des millions d’années. À cette échelle et malgré leur nom, distants de mille générations environ, Primatin et Primatine sont nos contemporains. Ils se montrent d’authentiques homo sapiens, aussi intelligents que nous mais disposant d’une base de connaissances moins étendue. Distinguons à ce propos la faculté de comprendre et la masse des données sur lesquelles s’exerce cette faculté. Une encyclopédie vivante ne sait pas toujours analyser et interpréter tout ce qu’elle a enregistré dans le disque dur de son cerveau. À l’inverse, des gens qui n’ont pas étudié se montrent adroits et intelligents : c’était le cas de Primatin et de Primatine. On a retrouvé la statuette à tête de lionne qu’eux ou leurs enfants fabriquèrent, en ivoire de mammouth. Cet objet d’art aurignacien date de 30 000 ans avant notre ère…

[le 30 janvier : recherche des causes]


Notre vie est dure, mais pas autant que celle des premiers humains, qui réussirent cependant à nous transmettre la vie. A leur exemple, faisons face aux obstacles en refusant l'évasion facile proposée par les utopismes politiques ou religieux. Deux pages à lire en cliquant sur le lien ci-dessous:

Utopisme béat ou la foi du lapin



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30 janvier 2009

Causes

L’ardente quête des causes

  « MAHA-NA, M’BÉLÉ » (lire l'épisode précédent). À l’Éden enchanteur raconté par Adam et Ève, Primatine opposait la dureté de la vie dans la jungle primitive.
— « Le trop facile est inhumain ? Le trop difficile l’est plus encore ! » aurais-je répondu à la première de nos mamies.
  Mais « trop difficile » ne se disait pas en primatinien. Sans mesurer leurs efforts, nos ancêtres affrontèrent de terribles épreuves. S’ils avaient renoncé, l’humanité aurait disparu. Nous ne serions pas sur terre à nous lamenter.
  À l’enfant qui se plaignait d’un bobo, Mamie Titine déclarait tout de go :
— WA-NA BO BÉLÉ.
Littéralement : pas glorieux, le bonheur facile (wa ! est un cri d’admiration que nous utilisons encore; na marque sa négation; bo indique le bonheur —d’un baiser par exemple, comme dans  le chant créole  « ba moin an ti bo » ; bélé, vous connaissez déjà.)
  Notez l’admirable concision du primatinien. En alexandrin français, on pourrait dire :
  — Bien mesquin le bonheur facilement gagné !
  Ou, dans un style plus tragique :    "La douleur de vivre fait partie de la vie".

*

  Pour prévenir un malheur, Primatin s’efforçait d’en détecter la cause. Le mal immédiat, il l’identifiait facilement : un tigre par exemple, adversaire à éliminer en creusant un piège sur la piste qu’il fréquente. Mais Primatin se contentait d’archiver dans son cerveau les maux inexplicables, tremblements de terre et autres manifestations hostiles de son environnement. L’impérieuse nécessité de lutter pour vivre ne lui laissait pas le loisir de théoriser sur l’origine du mal. Face aux défis quotidiens, nous réagissons sainement comme Primatin. En priorité, nous surmontons nos malheurs ; les questions viennent plus tard.
  Quelques millénaires après Primatin apparurent des « intellos ». Ils laissèrent les travaux manuels aux esclaves, afin de se consacrer aux joies de la philosophie. Au temps du déclin de la République Romaine vécut un interprète du mal particulièrement génial. Ignorant son identité, je le surnomme Félix. L’adjectif felix (qui signifie heureux) débute un vers de Virgile, contemporain de Félix au premier siècle avant notre ère. Proverbial, le vers latin orne les pages roses du Petit Larousse:
Felix qui potuit rerum cognoscere causas.
  Voici, en versification française, cet extrait des Géorgiques :

Heureux celui qui sait, en tout état de cause,
Pénétrer par l’esprit l’origine des choses.

  Ayant mûrement réfléchi, notre Félix de la vraie Rome proclama sur le Forum, devant des patriciens ébahis :
— L’homme atteindra le bonheur, s’il parvient à trouver d’où viennent ses malheurs.
  Félix énonça savamment le principe que nous appliquons spontanément afin de vaincre nos maux quotidiens. Lorsqu’en refusant de fonctionner une automobile plonge sa conductrice dans la détresse, l’infortunée appelle un dépanneur. L’habile mécanicien cherche d’abord la cause du mal. L’ayant trouvée, il répare le véhicule et sa cliente retrouve le bonheur de conduire. Quand un scrofuleux se traîne jusqu’à son cabinet, le médecin diagnostique le mal. Puis il prescrit un remède qui redonne au patient la santé. Découvrir la cause d’un mal permet souvent d’y remédier.
  Chercher la cause lointaine (ou première) du mal reste une autre paire de manches, disait Cicéron, avocat contemporain de Félix et célèbre par ses effets. Courageux, Félix retroussa ses manches. Polythéiste comme la plupart de ses contemporains, il analysa les panthéons de l’Égypte, de la Grèce, de Rome, de la Perse et de la Gaule. En vingt ans d’efforts acharnés, ce savant théologien répartit entre dieux et déesses la cause ultime des heurs et des malheurs qui frappaient tour à tour les fragiles humains.
  D’où venait la menace pesant sur un mortel ? De la justice ou de la vengeance d’un Immortel. Pour prévenir ou réparer un malheur, on identifiait la divinité offensée : c’était le diagnostic. Pour obtenir sa clémence, on lui offrait prières et sacrifices : c’était le remède.
  Tout Rome félicita Félix, à l’exception de la prêtresse de Junon, qui se trouvait à l’époque fauchée et fâchée. On l’entendit marmonner :
— Ce qu’il faut promouvoir, c’est l’ardente cause des quêtes.


Pause de février pour "le blog de Primatin". Mais n'hésitez pas à lui faire parvenir vos commentaires! En date du 15 mars, la prochaine édition du blog discutera les instincts de l'homme primitif; ils sont aussi les nôtres…
Avec ce sixième message, le texte joint prend un peu de recul:

Expérience contre spéculation

 



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15 mars 2009

Instincts

Coucou, re-voici papy Primatin !

Le blog de Primatin reparaît ce 15 mars, après mon séjour en février dans le célèbre canton de Massat (en Ariège), là où l’on peut se cacher de toute civilisation…
Face à la querelle qui agita récemment le petit monde catholique, j’ai pris du recul en lisant au coin du feu les textes du concile Vatican II, objet de la discorde. J'ai envoyé au journal La Croix le billet légèrement ironique que cette lecture m'a inspiré. Si vous en êtes curieux, cliquez sur l’expression « grand_tapage » (que j’emprunte à Benoît XVI).
Dans chacun des six messages publiés depuis le 15 novembre, on trouve un épisode des aventures de Primatin et Primatine. Dans le cadre de l’évolution du vivant, ils sont les premiers parents que je propose à l’humanité, à la place ou en complément d’Adam et Ève. Si vous accédez pour la première fois à mon blog, partez de "Bienvenue" et lisez les épisodes en séquence. Vous ferez la connaissance de mes héros préhistoriques: lointains descendants de primates disparus, ils se montrent experts en lutter-pour-vivre. Accessoirement, ils sauvent du désastre le couple Adam et Ève, des clones divins totalement inaptes à la lutte pour la vie…
Après un épisode de l’épopée post-édénique (description imaginaire des débuts réels de l'humanité), mes premiers messages proposent un texte de réflexion, accessible par lien hypertexte. Dans le message "Instincts" édité ce 15 mars, j’inverse la séquence de présentation. En direct, vous trouverez ci-dessous un hommage à Charles Darwin et une réfutation de ceux qui l’utilisent pour nous asservir à "Maître Hasard". A la fin de ce texte, un lien permet d’importer « Primatin et ses instincts ».
Les textes annexés à mes messages sont généralement constitués de deux pages au format pdf. Ils ne sont pas modifiables (sauf à utiliser un logiciel coûteux). Si vous souhaitez utiliser un de ces textes (par exemple, pour le publier dans une revue ou un bulletin), activez le lien « Contacter l’auteur », sous ma caricature. Par courrier électronique, je vous fournirai ce texte au format WORD et vous le reprendrez à loisir, pourvu que vous en indiquiez l’origine : © le blog de Primatin.
Un lecteur regrette que mon blog ne comporte pas de photo. Je veux en garder la présentation sobre, simple, légère. Pour la même raison, j’exclus la publication de commentaires. Cela donne “commentaires (0)“ en fin de message. Je suis heureux cependant de recevoir vos réactions sur la forme ou le fond : je réponds par courrier personnel à ceux qui me questionnent. Activez le lien « Contacter l’auteur » (ou utilisez le cadre prévu pour les commentaires).
Petite indication (non publicitaire) : je travaille sur système d’exploitation Apple. Le faible marché des ordinateurs de cette marque n’attire pas les amateurs de guerre bactériologique…

Votre bien dévoué,    Papy Primatin


Paul, Charles et les pseudo-darwiniens

Voici 200 ans, un nommé Charles Darwin voyait le jour en Angleterre, dans la charmante cité de Shrewsbury (on raconte qu’au Moyen Age le moine Cadfaël y démasquait les assassins). Dès son enfance, le petit Charles observait attentivement les plantes et les animaux. Il était en grande joie lorsqu’il découvrait un nouvel insecte. Charles avait le goût des sciences de la nature.
À l’âge de 21 ans, il saisit la chance qui s’offrait à lui de s’embarquer pour une expédition scientifique autour du monde. Chance ? Il la provoqua par son audace. Hasard ? Il sut exploiter des circonstances favorables. Pendant cinq ans, il observa, nota, collectionna. Revenu en Angleterre, il fit part de ses observations à ceux qui avaient facilité son voyage. Après les multiples contrôles auxquels un expérimenteur sérieux soumet ses hypothèses, il publia L’origine des espèces (1859). C’était le résultat de trente années de recherche, non un pamphlet athée…
Sans qu’il fût seul à travailler sur ce sujet, Charles Darwin est considéré comme le découvreur de l’évolution naturelle. L’origine des espèces et La filiation de l’homme (1871) marquèrent pour l’humanité une importante étape dans la connaissance d’elle-même et du vivant qui l’entoure. Ces deux livres accélérèrent en Occident une révolution culturelle majeure : la spéculation cédait place à l’expérience. Au profit du savoir expérimental, Galilée avait remporté la première victoire : le soleil ne tournait pas autour de la terre. Darwin en remporta une seconde, plus significative encore : les premiers humains n’étaient pas des clones divins.
L’expérience de Galilée réduisait à néant la théorie géocentrique d’Aristote et de Ptolémée. Attardés dans la spéculation, quelques dévots en prirent ombrage. Ce sont leurs descendants qui hurlent aujourd’hui contre Darwin, car ses observations ruinent le mythe biblique du commencement humain. Selon l’interprétation littérale du premier livre de la Bible (La Genèse, prétendument écrite par Moïse), un Dieu-potentat aurait tout prévu, tout organisé, tout fabriqué lui-même, ne laissant à ses clones qu’une liberté perverse, juste suffisante pour se révolter contre le Saint Modèle, provoquer sa colère et mériter un châtiment exemplaire…
Au nom de sa patiente raison, un naturaliste soucieux d’expérience a renversé le concept spéculatif du créateur qui punit sa créature pour un « abus de liberté » (terme employé par le concile Vatican II et le catéchisme romain). Au nom de sa fervente foi, un chrétien soucieux d’expérience refuse d’idolâtrer le dieu explicatif et normatif qui fut inventé pour discipliner les tribus d’Israël. Il adore un Dieu expérimenté : Jésus-Christ ! En Jésus, Dieu se fait voir, entendre, toucher, jusqu’à être victime d’une liberté humaine qui le cloue sur la croix !
Il ne punit pas l’humanité pour un abus de liberté aussi extrême, ce Dieu expérimenté par Pierre et Paul, Jacques et Jean, André, Thomas, Philippe et les autres. Au contraire, Il pardonne les abus jusqu'à inviter dans son Royaume les descendants de primates que nous sommes.
Chez un chrétien de l’Antiquité méditerranéenne, la foi et la raison pouvaient entretenir un dialogue conforme à la culture spéculative de ce temps et de ce lieu. Chez un chrétien de la Modernité, la foi et la raison doivent dialoguer sur la base d’un commun respect des vérités expérimentales. La vérité, c’est «l’accord de l’intelligence avec le réel» écrivit Thomas d’Aquin. L’expérience d’un témoin de la science comme Charles de Shrewsbury et l’expérience d’un témoin de la foi comme Paul de Tarse ne se contredisent pas. J’accepte avec un égal enthousiasme ces deux expériences solidement ancrées dans l’histoire d’une humanité qui se libère des mythes (voir mon parallèle entre Paul et Charles dans le blog de Primatin du 30/12/2008).

*

Mon admiration pour Charles Darwin ne me fait pas oublier qu’il existe un darwinisme anti-chrétien, promu par des gens qui ne respectent pas la neutralité idéologique de la science. Ces prétendus disciples de Darwin spéculent à partir du savoir expérimental de Charles. Ce faisant, ils le trahissent. Il faut mettre leur trahison en évidence, plutôt que de leur opposer un christianisme anti-darwinien, qui refuserait d’accepter la réalité scientifique de l’évolution (autant refuser que la terre tourne autour du soleil).
L’évolutionniste que je suis dénonce quelques pseudo-darwiniens qui se plaisent à déguiser un naturaliste expérimenteur en ennemi de la foi, non seulement de la foi en Dieu mais aussi de la foi en l’homme. Au nom de Darwin, ils dénigrent notre liberté. Ils nient notre responsabilité, puisqu’ils font de nous les fruits du hasard. Au final, certains d’entre eux ne nous laisseraient pas d’autre choix qu’un triste nihilisme…
Je pioche trois textes dans la presse magazine qui m’est tombée sous la main ces dernières années. À propos d’un fossile humain, l’Express donnait un reportage bien documenté. Mais, au lieu de se limiter aux faits découverts, la journaliste concluait en spéculant : « L’évolution n’a pas de but. »
Plus grave, dans Science et Vie et en gros titre, voici le hasard « maître de nos origines, de notre identité et de notre destin ». J’admets une dose de hasard dans l’évolution du vivant. Mais donner à Maître Hasard un rôle attribué jadis à Dieu, c’est prolonger une métaphysique bouche-trou…
Enfin, pour l’année Darwin, Télérama produit un hors série sur celui qui «dérange encore». C’est clair et fiable, à l’exception d’une introduction et d’une conclusion laissées au monopole d’un professeur de philosophie. Retranché derrière quelques scientifiques, ce monsieur me semble prêcher une religion du hasard. Celle de Charles ?
L’être humain ne gagnerait rien à se libérer de la tutelle divine, s’il s’abandonnait ligoté à un destin hasardeux. Que chacun de nous endosse la responsabilité d’un évoluant pilotant sa propre évolution ! Avec intelligence et courage, qu’il assume les dures exigences de son autonomie !
Le temps de la spéculation est terminé : ne cherchons plus si l’évolution a un sens ou non! L’être humain possède assez de liberté pour assigner lui-même à son évolution un objectif qu’aucune loi naturelle ne peut imposer et qu’aucun tyran divin ne peut fixer.

*

L’expérience primatinienne conclura une discussion qui restera sans fin, si nous la menons de façon théorique. Primatin et Primatine ne furent pas créés à l’image de Dieu, voilà six mille ans. Ce n’est pas non plus un hasard aveugle qui aurait imposé à la planète Terre la présence de courageux champions du lutter-pour-vivre. Sur un patrimoine biologique développé durant des millénaires avant eux, Primatin et Primatine utilisèrent pour «s’auto-construire» leur liberté de choix naissante, l’adversité les aidant à croître en humanité. Leur auto-construction voici trente mille ans n’exclut pas la présence d’un Dieu qu’ils ignoraient (conclusion de Primatin_et_ses_instincts). En effet, selon saint Jean, la connaissance expérimentale de Dieu par les hommes date de deux mille ans seulement: "Dieu, personne ne l'a vu; Jésus-Christ nous l'a fait connaître".
En luttant dans le même sens que nos parents préhistoriques (mais avec des moyens techniques nouveaux), chacun de nous peut accroître l’humaine valeur accumulée (HVA). À l’inverse, celui qui se laisse aller au hasard des circonstances deviendra un être irresponsable et lâche, servile devant la puissance de l’instinct et passif devant l’aveuglement du destin.

Philippe-Emmanuel

[© le blog de Primatin]

 

 

 

 

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31 mars 2009

Liberté

L’an de grâce 1809, la cité de Shrewsbury, en Angleterre, vit naître un nommé Charles, fils du médecin local. Doué pour l’observation, le petit Charles s’intéressait aux plantes, aux oiseaux, aux insectes. À 21 ans, il saisit l’occasion d’assouvir sa passion naturaliste dans un long voyage autour du globe. À 50 ans, il publia L’origine des espèces qui confirmait par expérience le transformisme théorique de Lamarck. Aujourd’hui, la paléontologie nous fournit continûment des preuves expérimentales montrant que nous sommes, nous les terriens, les fruits d’une évolution perfectionniste de la vie.
La réalité transformiste dément une spéculation fixiste que la plupart de nos ancêtres rattachaient à Dieu lui-même: «Dieu fit les bêtes sauvages selon leur espèce, les bestiaux selon leur espèce, toutes les bestioles de la terre selon leur espèce. Et Dieu vit que cela était bon.» Le récit du Livre de la Genèse correspond à l’état des connaissances humaines dans le bassin méditerranéen, un demi-millénaire avant notre ère. Platon, un philosophe grec de ce temps-là, écrivit des choses semblables: «Dieu, content de son ouvrage, voulut le rendre plus semblable encore au modèle». Par respect pour nos ancêtres, il serait juste que nous honorions leur culture sans nous enfermer dans leurs normes. Ils spéculaient. Nous expérimentons. L’expérience ne confirme pas toujours les belles hypothèses.

*

Quelques bastions créationnistes mis à part, les découvertes de Charles Darwin et de ses successeurs sont légitimement transmises aux écoliers du monde entier. Si la religion véhicule un mythe spéculatif comme étant l’intangible vérité jadis révélée par le dieu qu’elle adore, elle expose son dieu à être rejeté par les enfants de la civilisation expérimentale. Dans son bon sens, le raisonnement populaire se montre implacable :

  • Lorsqu’un mythe est reconnu faux, le dieu associé perd sa crédibilité.
  • Lorsqu'un mythe est dit «vérité symbolique», le dieu associé perd son existence réelle; il devient symbole lui aussi.

Elles tournaient autour de cette problématique, les questions que m’ont posées des jeunes en «catéchèse» ou en «aumônerie». Et des collègues au travail ou des amis autour d’une tasse de thé.
Telle qu’aujourd’hui rabâchée par mon Église, l’histoire chrétienne du salut ne commence pas dans l’histoire réelle des hommes. En plein vingtième siècle, le Concile Vatican II écrivait : "dès le début de l’histoire, l’homme a abusé de sa liberté en se dressant contre Dieu". De quelle histoire s’agit-il? Dans quelle planète? Pas dans la mienne en tout cas, encore moins dans celle de mes enfants et petits-enfants! Supposé vérifié par quatre mille évêques catholiques (avant sa publication en 1992), le catéchisme romain s’attache au contre-exemple d’Adam et Ève comme à un argument majeur sans lequel disparaîtrait l’Ordre traditionnel de la Sainte Église. L’épais document raconte que nos premiers parents abusèrent de leur liberté en «désobéissant» (le terme revient six fois) ; qu’ils furent punis par l’expulsion, la souffrance et la mort ; qu’ils entraînèrent toute l’humanité dans leur déplorable chute. Moralité ? Catholiques indociles, analphabètes inaptes à la langue hébraïque et à la sagesse grecque, soumettez-vous à vos Chefs ou il vous en cuira!

Amicus Plato sed magis amica veritas. Les évêques sont mes amis, mais je cherche la vérité en exerçant ma liberté plutôt qu'en souscrivant à leur mythe disciplinaire.
Laissant à l’arrière-plan son conservatisme papal, Jean-Paul II écrivit en 1998 :
— Il faut ne pas perdre la passion pour la vérité ultime et l’ardeur pour la recherche, unies à l’audace pour découvrir de nouvelles voies [la foi et la raison, §56].
Malgré cette injonction, l’abrégé du catéchisme publié en 2005 pérennise le mythe de la Chute en le qualifiant de «Proto-Évangile».
1962 (le concile) ; 1992 (le catéchisme) ; 1998 (l’encyclique fides et ratio) ; 2005 (l’abrégé du catéchisme). À travers une agitation ecclésiale de presque cinquante ans, on n'aperçoit aucune mise à jour de «l’histoire chrétienne du salut
». L'Église qui se veut "dans le monde de ce temps" [Constitution gaudium et spes du concile Vatican II] ne tient pas compte des connaissances expérimentalement acquises par les hommes de ce temps. Hors de ses temples, elle dit renoncer au mythe créationniste; à l’intérieur de ses temples, elle commémore la révolte et la chute  à la manière des Témoins de Jéhovah. Vérifiez! Les termes sont les mêmes: "Comme ils (nos premiers parents) ont rejeté sa domination, Dieu ne les a plus maintenus dans la perfection" [brochure des Témoins largement distribuée].

*

Aux théologiens catholiques, j’ai posé des questions précises. Ou bien, je n’ai pas reçu de réponses ; ou bien elles sont restées confuses et n'ont pas éclairé ma foi. Pour forcer les pantouflards du dogme à quitter leur antique fauteuil, je mets le débat sur la place publique. Voici deux questions parmi d’autres :

  • — Dans ses Confessions, saint Augustin cite La Genèse comme dictée par Dieu à son serviteur Moïse. C’est faux; le statut du Commencement biblique en est-il affecté ?
  • — Le dieu créateur et punisseur du récit édénique est-il le Dieu des Chrétiens, le Dieu incarné en Jésus-Christ ?

En l’absence de réponse officielle, je dis OUI à la première question, NON à la seconde. De plus, puisque mon Église ne sait pas situer le salut qu'elle annonce dans l'histoire réelle des hommes, je renouvelle de ma propre initiative l'histoire chrétienne du salut. C'est simple; ça tient en deux courtes phrases :

De Primatin tu viens ! À Jésus-Christ tu vas !

Primatin, qui c’est ça? Je crains la réaction expulsive du bigot vis-à-vis de l’intrus qui n’appartient pas à sa caste. Mon Primatin va le déranger. Ma Primatine plus encore. Ces personnages ne seraient-ils que l’invention d’une imagination trop fertile?
Pas du tout! Pour les humains d’aujourd’hui, ils sont une raisonnable nécessité. L’évolution n’affecte pas Dieu, qui est au-dessus d’elle. L’évolution n’affecte pas les animaux, qui sont au-dessous et n’en ont pas conscience. Mais l’évolution nous frappe de plein fouet, nous les homo sapiens à la conscience affûtée par des millénaires d’exercice. Le gros inconvénient de la thèse évolutive, c’est de supprimer (sans les remplacer) des ancêtres traditionnels que nous pouvions nommément honorer. L’évolution nous laisse orphelins. Adam et Ève peuvent être dits mythiques, faux, imaginaires, symboliques, etc, ils offraient l’avantage d’une grande représentativité puisque, pendant trois millénaires, ils furent admis par tous les monothéismes comme les authentiques premiers humains. En lieu et place de ces personnages universellement présents dans l’art et la littérature, que nous propose la paléontologie ? Des fragments d’os, éparpillés à travers continents et millénaires !
Notre arbre généalogique avait des racines robustes: elles ont résisté à l’usure du temps. Darwin est venu et les a coupées, non sans hésiter devant le sacrilège qu’imposait son constat expérimental. Que met-il à la place des racines coupées? Des pointillés, que nous découvrons au hasard de nos chantiers de fouilles…
Croyants ou incroyants ont pu dire: «Darwin ôte un couple repère et ne le remplace pas. En déracinant un arbre généalogique bien accepté, il déstabilise toute l’humanité.» Considérant cette plainte comme recevable, je voudrais compléter l’œuvre de mon ami Charles, en nommant les premiers ancêtres qu’il nous a découverts.

Ce n’est pas une démarche scientifique. Nous ne pouvons attendre que les paléontologues trouvent avec certitude les cadavres du premier couple Cro-Magnon ou les restes des premiers humains qui furent dotés des mêmes chromosomes que nous.
C’est une démarche philosophique, que je prétends justifier par référence à Deleuze et à Voltaire (les philosophes, comme les papes, s’abritent souvent derrière quelques citations d’illustres prédécesseurs). Gilles Deleuze me fournit le prétexte des «personnages conceptuels» que j’invente sous les noms de Primatin et de Primatine, plus crédibles aujourd’hui que des «personnages mythiques» comme Adam et Ève. Quant à François Marie Arouet (dit Voltaire), il aurait sans doute permis de comparer L'épopée post-édénique aux contes philosophiques dans lesquels il a débridé son imagination…
Les fans d’Adam et Ève ne se sentiront pas frustrés, puisque je garde à leurs héros une place importante. J’admets qu’un couple unique n’aurait pu démarrer une humanité saine, se développant sans inceste, avec le minimum de risques consanguins.

*

Situé à ma droite, l’adversaire créationniste n’est pas dangereux. Je ne comprends pas la terreur qu’il inspire. À mon avis, il ne pourra pas longtemps snober le savoir expérimental.
À ma gauche se trouve l’adversaire le plus redoutable. Trahissant la neutralité métaphysique de la science, utilisant l’évolution pour contrer la foi en Dieu, des nihilistes vont plus loin: ils sapent la foi de l’homme en lui-même et en sa liberté.
Leur argument (si je le comprends bien) serait la totale prévalence du « hasard ». Avec eux, le hasard devient une sorte d’Absolu, qui remplace le Dieu bouche-trou jadis avancé par un monothéisme primitif. Ainsi, pour introduire son dossier sur l’évolution, une revue de vulgarisation scientifique titrait :

LE HASARD EST MAÎTRE DE NOS ORIGINES, DE NOTRE IDENTITÉ ET DE NOTRE DESTIN.

J’ai rugi en lisant une formule aussi faussement solennelle. Son auteur avait-il songé à la vérifier personnellement? Né par hasard? Journaliste par hasard? Destiné à périr d’une maladie provoquée par le hasard? Ou voulait-il seulement choquer pour vendre?
Au-delà d’une citation grotesque (j’ai récolté quelques fausses perles du même genre), je veux dénoncer le courant pseudo-darwinien qui fait de mon ami Charles (champion de l’expérience) le porte-drapeau du fanatisme hasardeux. Acharné contre la foi de l’homme en lui-même, on lui enlève son autonomie. On lui dénie toute liberté de choix. On fait de lui le jouet du hasard. On ne lui laisse plus la responsabilité de diriger sa propre existence. Quel avenir pour lui, sinon l’auto-destruction? Au lieu d’invoquer l’obéissance à ses chefs, le nazi du futur prendra le hasard comme excuse…

*

Évolutionniste fervent, je révère saint Charles Darwin. Dans ma vie (ou plutôt mes vies, car elles sont variées), j’expérimente une grande liberté de choix, conséquemment mon entière responsabilité. Si j’affronte de face les ennemis de la liberté humaine, le fanatisme religieux et le fanatisme hasardeux, ces deux fascismes opposés s'uniront pour me tomber dessus. J’évite autant que possible les raisonnements théoriques, car ils alimentent les disputes sans les résoudre. Je recours à l’expérience, au bon sens, à un peu d'ironie, à l’illustration de ma thèse par des anecdotes, le plus souvent vécues quelquefois inventées. Je commente l’histoire des religions et l’actualité de notre temps. La trame de ma démonstration est une fable qui reconstitue imaginairement le développement de la première tribu humaine, trente millénaires avant demain. Mon épopée «post-édénique» ne décrit pas la vie humaine au paléolithique supérieur. Elle exalte le courage, l’intelligence, la liberté, la générosité de nos premiers aïeux. Primatin et Primatine vivent dans des conditions que nous ne pourrions pas supporter, nous modernes douillets. Ils rompent avec leur tribu d’origine. Ils accueillent des vagabonds expulsés de l'éden; ils leur communiquent l’indispensable expérience de la lutte pour la vie. Enfin, malgré le scandale de l'homicide fraternel (meurtre d'Abel), les impulsés de la jungle marient leurs enfants aux fils et aux filles des expulsés. C'est ainsi que démarre la tribu des Impex, celle dont nous sommes issus.
Ni
contribution ni offense à la science des paléontologues, l'arbre généalogique que je propose devrait satisfaire athées et théistes. Parmi ces derniers, ceux-là au moins qui ne se rêvent plus clones de la divinité, comme Platon et le pseudo-Moïse.
Avec Primatin et Primatine, l'évolution de nos premiers parents n'est pilotée ni par le Grand Maître Divin ni par Maître Hasard. Les impulsés de la jungle évoluent selon leur propre choix. Ils sont des primates auto-promus.


J'ose espérer que Primatin et Primatine vous sont sympathiques.
Leurs aventures apparaissent dans ce blog, depuis le 15 novembre 2008.
Le 15 avril 2009, pour discipliner sa tribu, Primatin inventera des dieux…
Votre bien dévoué

Philippe-Emmanuel

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15 avril 2009

Religion

Primatin invente des dieux

  Nous avons laissé le couple impulsé de la jungle et le couple expulsé de l’Éden, alors qu’ils présidaient à l’accouplement de leurs rejetons. Conjuguant leurs efforts conjugaux, douze fils et douces filles firent 144 bébés Impex. Ce fut, pour l’humanité, un démarrage très réussi !
  Nos quatre ancêtres appréciaient la vitalité de leurs petits-enfants :
— Ils sont très toniques, s’extasiait grand-mère Ève.
  Mais ils redoutaient leur indocilité, leur imprudence, leurs querelles. Huttes et chariots incendiés par jeu, membres cassés dans les chutes et les bagarres, grenouilles, limaces et serpents sous la paillasse des garçons, filles jetées dans la rivière en représailles… nos chérubins paléolithiques imaginaient les pires bêtises. Selon Victor Hugo:

L’on entendait de loin, hurlant à perdre haleine,
La horde déchaînée des enfants à la chaîne.
*

  S’ajoutant à l’hostilité des éléments naturels (tigres et tremblements de terre), les conflits familiaux ébranlaient un édifice qui grandissait spontanément, sans structure ni loi. Les quatre fondateurs de l’Impexie gardaient en mémoire le meurtre d’Abel. Que faire pour prévenir un drame semblable? Comment sauvegarder l’ordre et la cohésion du clan?
  « Il faut parler de Dieu à nos petits-enfants » répétait Ève, tandis qu’Adam insistait, d’une voix nouée par le remords :
— Tout va mieux avec Dieu ! (Things go better with God. Slogan qui vante une boisson gazeuse, quand le dernier mot change un peu).

— La pomme t’est restée en travers de la gorge… rétorquait Primatin, goguenard.
  Les expulsés voulaient inscrire Dieu dans la constitution de l’Impexie. Les impulsés arguaient qu’ils ne l’avaient pas rencontré en chassant dans la jungle. Pour apaiser la controverse, Primatin proposa un compromis :
— Si nous parlons de Dieu à nos petits-enfants, faisons-le au bénéfice de l’ordre ! Que l’autorité divine fonde notre discipline ! Qu’elle inspire nos lois ! Qu’elle garantisse la survie de notre tribu !
  Experts nourris à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam et Ève codifièrent les vertus à prescrire, les vices à proscrire. Vu l’étendue du travail à fournir, Primatin et Primatine embauchèrent plusieurs dieux. Ils dressèrent des barrières et ils postèrent devant chacune un gendarme divin.
  « Impec’ » les Impex ! Sous la férule céleste, les petits d’homme apprirent à marcher droit. La paix régna dans les familles. Primatin se prit au jeu. Il parlait des dieux avec tant de zèle qu’il se convainquit de leur existence. Une nuit, la déesse Éducation lui apparut en rêve. Elle lui tendit le Martinet Sacré, qu’il reçut avec dévotion et porta chaque jour à la ceinture, en signe ostentatoire de son autorité ministérielle.

*

  La ferveur religieuse de son âge avancé valut à notre aïeul le surnom de Prie-Martin. À cent ans, il enterra Prie-Martine. Pour fêter le 120ème anniversaire du robuste fondateur de l’Impexie, un jeune musicien de sa descendance composa un hymne dont la mélodie fut reprise à la révolution française. Voici la traduction du texte original, gravé sur une omoplate de mammouth :

De Primatin chantons la gloi-are, humble héros des origines.
Célébrons aussi la mémoire de sa bien-aimée Primatine,
De sa bien-in’aimée Primatine.
Que s’élèvent des voix altières, chantant nos illustres aïeux !
Qu’exultent sur la terre entière, les descendants des primates pi-eux !
DEBOUT TOUS LES HUMAINS, DU MONDE CITOYENS,
BUVONS, BUVONS, LEVONS NOS VERRES
À PAPY PRIMATIN !

  Chanté à pleine voix, par les mille rejetons des couples primitifs, cet hymne mondial résonna puissamment dans la jungle.

Le singe s’étonna au chant de son cousin,
Et le tigre trembla : son règne prenait fin…


La prochaine fois (3 mai) : ce que Cicéron disait de la religion…
Mais tout de suite, à l'occasion de Pâques, l'évolution religieuse trente mille ans après Prie-Martin:

Paques_mythiques


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30 avril 2009

Primatin et Cicéron

De Primatin à Cicéron et au-delà…

  Sans le merveilleux outil divin, l’humanité se serait éteinte. Pourquoi Cro-Magnon survécut-il à Neandertal ? Je parie que la religion du premier se montra plus «civilisatrice» que celle du second !
  Durant les premiers millénaires, la religion fut un élément indispensable du progrès humain. Dans un groupe, elle fixait la contribution de chacun à la survie collective. Elle fondait la hiérarchie sociale ; elle inspirait les lois. À celui qui sacrifiait sa vie pour le peuple, elle promettait un paradis. Au siècle précédant notre ère, Cicéron attribue la supériorité de Rome à la ferveur religieuse des citoyens romains. Dans une longue tirade, il énumère les peuples vaincus et il conclut :
Pietate ac religione omnes gentes superavimus / Par notre piété et par notre religion, nous avons surpassé toutes les nations.
  Fondateurs légendaires, Romulus et Rémus s’étaient nourris aux deux mamelles de la louve romaine: respect pour les ancêtres; piété envers les dieux. Après Cicéron (défenseur de la République), Rome déifia ses maîtres, successeurs de Jules César. Les chrétiens qui refusèrent d’adorer l’Empereur passèrent pour de dangereux athées. Plus d’un fut mis à mort comme traître à la patrie.

*

  Sur le vocable de «religion», une étymologie douteuse sème la confusion. Dans leur volonté de définir la religion comme «ce qui relie à Dieu», des auteurs tirent religio de religare. Or religare signifie lier quelque chose, non relier à quelqu’un. La racine ligare donne ligature et ligament. Veut-on signifier que la religion ligote? Les fondamentalistes et les bigotes?  Certes, les religieux dévots restent souvent liés à l’interprétation littérale de textes sacrés et à l’observance scrupuleuse de rites séculaires.

  Soyons honnêtes ! Laissons au terme religio l’origine que lui donnent les écrivains latins! La racine legere (lire) donne légende et législation. Dans son De natura deorum (discours sur la nature des dieux) Cicéron affirme que religio vient de relegere (= recueillir, rassembler, relire). Au deuxième siècle après J.-C., le grammairien A.Gellius confirme cette étymologie. La religion romaine était le ciment sacré qui maintenait ensemble les pierres d’une grande civilisation. Recueillies et relues, les traditions fondatrices de Rome formaient un liant patriotique qui assurait la cohésion nationale.

  Une civilisation religieuse divinise ses fondateurs; elle sacralise les relations sociales, les dispositions législatives et rituelles. Illustrant les devoirs de l’individu envers sa tribu, mythes et symboles décorent les temples, emplissent les livres saints. Les dieux exercent leur autorité par l’intermédiaire des professionnels du sacré. Ceux-ci veillent à ce que le divin génère chez l’humain une peur salutaire, garante de la discipline tribale. Dans son catéchisme, Primatin faisait répéter:

L’homme craindra d’abord la colère des dieux,
Bien imprudent celui qui braverait les cieux !

  Un peuple, une religion! En l’absence de votes, l’unité dévote permettait la cohésion de la tribu. Depuis l’Impexie avec le pieux Primatin jusqu’à Rome avec le divin Auguste, chez les Égyptiens avec Pharaon, les Juifs avec Moïse, les Francs avec Clovis, les Arabes avec Mahomet… chaque peuple avait ses dieux, ses prophètes, ses rois. Tandis que chaque dieu protégeait son peuple, son prophète, son roi. Au dire de ceux-ci, il donnait à ses représentants sur terre pleine délégation de pouvoir!

  «Catholiques et Français toujours» chantait-on dans mon enfance. Par quelques aspects, le catholicisme reste la religion d’une tribu, tribu qui a grandi aux dimensions de la planète. Le christianisme, lui, est une foi personnelle. Dans la présentation de son célèbre ouvrage Le désenchantement du monde [Gallimard, 1985], Marcel Gauchet qualifie le christianisme de religion de la sortie de la religion. Je préfère définir le christianisme — le christianisme expérimental des Apôtres et des premiers disciples du Christ — comme la foi qui fait sortir du tribalisme religieux. Je m’efforce toujours de distinguer foi et religion. Non seulement la foi a de l’avenir mais, pour le chrétien que je suis, c’est sur elle que se construit l’avenir humain, au-delà de l’espace et du temps. Quant aux multiples religions, leur gourmandise d'un pouvoir immédiat les expose à des conflits multiples. Les plus ambitieuses mourront d’indigestion…

Philippe-Emmanuel


Prochain message le 15 mai :

LES QUATRE FONCTIONS DE TOUTE RELIGION

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15 mai 2009

Quatre fonctions

La religion et ses quatre fonctions

  À travers les multiples variantes qu’entraînèrent des environnements divers, la religion joua dans l’histoire humaine un quadruple rôle. Je résume ce qui remplirait plusieurs volumes :

Un rôle explicatif (les dieux bouche-trous).
  En vertu de sa fonction explicative, la religion chercha la cause des phénomènes naturels. Avant le développement des sciences expérimentales, la religion attribuait à une intervention divine les phénomènes incompréhensibles. En lien avec son cadre de vie, chaque tribu développa les mythes qui lui convenaient. En voici des exemples :
— Jupiter brandissait la foudre, Neptune agitait les océans, Vénus et Cupidon déclenchaient les sentiments amoureux.
— Des anges tournaient la manivelle de la voûte céleste, ou tiraient vers l’Ouest le char resplendissant du soleil.
— Une faute du premier couple humain entraînait déchéance et chaos.
  Étape primitive du savoir, le mythe apprivoise l’inconnaissable. Dans certains cas, il sert la discipline collective. Ainsi, dramatisant la révolte d’Adam et Ève, le mythe de la Chute exalte la vertu d’obéissance.

Un rôle normatif (les dieux gendarmes).
  La fonction normative consistait à définir le permis et le défendu. Des normes sévères assuraient la cohésion et le développement d’un groupe humain, dans des conditions particulières de survie.
  La religion édictait des lois pour contrôler l’hygiène, éloigner les épidémies. Elle exaltait la fécondité des femmes, afin que le groupe subsiste et grandisse, malgré la faible espérance de vie de chaque individu.
  La religion divinisait les Chefs, pharaons, rois ou empereurs. Pour leurs sujets, elle codifiait prescriptions et proscriptions, récompenses et punitions. Le but recherché étant la force et la pérennité tribales, l’intérêt collectif passait avant tout souci individuel. Vis à vis d’un «supérieur» choisi par Dieu, l’inférieur, le subordonné avait beaucoup de devoirs et peu de droits.

Un rôle festif (les dieux cérémoniaux).
  La fonction festive entretient un réflexe d’appartenance au groupe. Jadis, elle rythmait le cycle des saisons et la succession des travaux agraires. Elle célèbre encore les étapes d’une vie humaine : accueil à la naissance, entrée dans l’adolescence, fondation d’une famille, départ vers l’au-delà.
  Avec Edith Piaf, les Compagnons de la Chanson chantaient les trois cloches. Elles sonnaient le baptême, le mariage, les funérailles de Jean-François Nicot. Pratiquants ou non, nous sommes choqués de ne pas trouver un curé pour desservir le village au fond de la vallée, pour baptiser un enfant dans la vieille église, pour fêter une noce, pour bénir une tombe.

Un rôle mystique (le Dieu aimant).
  La fonction mystique est personnelle. Elle ne définit pas les normes d’une vie communautaire. Elle ne s’intéresse pas à la survie de la tribu; elle vise la SUR/VIE de l’individu. Elle ne structure pas un groupe; elle structure une personne. La mystique entraîne vers des sommets d’humanité que l’obligation d’un devoir social ne permet pas d’atteindre. Elle suscite une vertu plus profonde que le civisme exigé des patriotes religieux.
  Transcendant le butoir de la mort, la mystique donne sens à la vie. Par sa foi dans un Dieu qui invite à la rencontre personnelle, le croyant atteint une autonomie que la religion lui refuse. Il n’est pas seulement le maillon d’une chaîne vitale, le rouage bien huilé de la pérennité tribale. Il représente plus qu’une partie dont la valeur a pour limite son apport au tout.
  La mystique devrait être l’ordinaire du croyant, du chrétien en particulier. Je ne parle pas ici de phénomènes surprenants, échappant aux lois physiques. Je parle d’une mystique simple, modeste, accessible à tous de par l’incarnation de Dieu en Jésus-Christ. Avec cette incarnation, le Transcendant se met au niveau de l’immanent; il se rend proche de chaque être humain; il se propose comme son compagnon. N’est-il pas mystique de vivre tous les jours avec l’homme-Dieu ?
  Pour qu’elle soit ancrée dans l’expérience terrestre, j’ai voulu que ma foi s’harmonise avec les connaissances sur lui-même que l’homme s’est acquises. Chrétien, j’ai cherché à assimiler chrétiennement l’évolution. Évacuant mythes et croyances comme autant de vieux meubles, mon christianisme s’est recentré sur le Christ en même temps que je me suis reconnu descendant de primates plutôt que clone divin.
  Introduire une perspective mystique dans La saga des primates promus, c’est pour moi une démarche cohérente, mûrie dans une longue quête expérimentale. Sans vouloir l’imposer, j’ose donc faire part d’une conviction: un primate auto-promu à l’humanité peut vivre une promotion plus grande. C’est là qu’intervient la transcendance divine : une promotion à la SUR/VIE ne peut être que le fruit d’un appel mystique ressenti ou non, accepté ou non ; le fruit d’un libre partenariat entre l’être humain et l’être divin qui l’aimante.
  Je ne pense pas que la mystique chrétienne soit la seule mystique menant à la SUR/VIE. Elle est le modèle dont je parle, parce que j’en vis. Elle établit une relation fusionnelle entre deux personnes concrètes: un terrien; un Dieu qui s’est incarné sur terre. Craignant qu’elle court-circuite leur sainte autorité, des chefs religieux lui font barrage.
  Et la fonction festive ? Le religieux festif joue sur deux tableaux. Tantôt, il flatte un sentiment d’appartenance communautaire. Tantôt, il élève le primate promu au-dessus de sa condition, jusqu’à l’extase peut-être…

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30 mai 2009

Religion et foi

Religion et foi

  La religion fut inventée par des pouvoirs humains comme un outil de survie. Par sa quatrième dimension, elle donne accès à une porte qui s’ouvre sur l’Éternité. C’est alors qu’elle relie au Dieu-personne, qu’elle expose l’être humain à l’attraction de l’aimant divin:
— Dieu est amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu en lui. [première lettre de saint Jean, au chapitre 4]
  Ainsi, quand elle sort de son tribalisme originel, la religion peut disposer un être humain au don sur/humain de la foi, un don qui ne se transmet ni par héritage naturel, ni par conditionnement sociologique. Au sens chrétien du terme, la foi est un cadeau mystique —individuel et personnalisé— que le primate promu reçoit s’il le cherche ardemment, en s’y disposant par sa recherche même. C’est un verre que Dieu remplit, si l’homme prend l’initiative de lui tendre son verre.
  Lorsqu’elle transporte le croyant dans le champ du magnétisme divin, la religion atteint son but ultime, qui est de s’effacer pour laisser place à la FOI. La foi (fides —> fidélité, confiance) est la réponse d’un amour humain à l’amour divin. C’est le partenariat volontaire d’un descendant de primates avec Celui dont la Vie transcende toute vie. C’est un chemin de transformation et d’accomplissement. C’est le chemin de l’ultime saut évolutif (selon les termes du pape Benoît), de la cinquième mutation (selon mon approche primatinienne).

*

  Qui lit les Évangiles y constatera l’absence du terme «religion», tandis que le terme «foi» les remplit. Décrire Jésus de Nazareth comme fondateur de religion relève d’un double contresens.
  Au plan historique / La foi en Christ s’est répandue clandestinement, contrariée par les religions qui structuraient les peuples méditerranéens. On a parlé de « religion chrétienne » à la suite de la reconnaissance politique du christianisme ; c’était plusieurs siècles après la prédication de l’Évangile.
  Au plan fonctionnel / L’Évangile prêché par Jésus n’alimente pas les fonctions premières de la religion: il ne donne pas d’explication mythique; il ne fournit pas d’encadrement normatif. Pour se structurer religieusement, la tribu chrétienne emprunta mythes et normes à la tribu juive.
  Comment définir la foi chrétienne ? Au sens évangélique, la foi n’est pas la croyance à Dieu comme cause première de toute chose. Elle n’est pas un culte de Valeurs, civiques ou morales. En Jésus-Christ, Dieu rejette le rôle explicatif et normatif que la religion juive faisait jouer à son Yahweh. Il était un personnage mythique; Il devient une personne réelle, audible, observable, touchable.
  Avec l’Évangile, nous passons de la divinité inventée au Dieu expérimenté. Les religions antiques étaient spéculatives: elles imaginaient ce que les yeux ne pouvaient voir, elles inventaient ce que les mains ne pouvaient toucher. La foi évangélique est expérimentale: Dieu se montre, il se fait entendre, voir et toucher. Le disciple du Christ n’est pas un propagandiste d’Idées, de Valeurs, de Bonheur. C’est un témoin: il regarde et écoute son Maître; il cherche à le faire aimer comme il l’aime lui-même. 

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15 juin 2009

Primatin et Quasimodo

De Primatin à Quasimodo et au-delà…

Après le décès de Primatin son inventeur, la religion se diversifia. Chaque branche tribale imagina ses propres dieux. Les conflits entre voisins se sacralisèrent: contre les C.. d’en face, la Bande B mobilisa son Absolu A. La secte Al-Qaida et les talibans paraissent bloqués à ce stade.

  «Dis-moi de quoi dépend ta survie, je te dirai quel est ton panthéon» écrit Régis Debray dans Dieu, un itinéraire. Pour les apprentis philosophes que nous sommes, je suggère un raccourci. Afin de décrire brièvement l’évolution des sociétés (selon leur composante religieuse), je propose de diviser l’histoire humaine en trois «âges»: tribal, médiéval, technique. Ces âges n’ont pas une limite rigide dans le temps: ils s’interpénètrent à la façon dont l’adulte que je suis ne peut oublier l’enfant que je fus.
  Durant l’âge tribal (qui commence avec Primatin), le rôle essentiel de la religion consiste à assurer la cohésion, la sauvegarde, le développement d’un groupe humain. On offre des sacrifices et des prières aux divinités protectrices de la nation; on part en guerre sous leurs étendards. La religion exalte la fécondité des femmes et la polygamie souvent, car une tribu doit croître et se multiplier malgré la mortalité infantile, les famines, les épidémies, les massacres inter-ethniques. Consacrant ses forces à la survie collective, le tribalisme religieux se soucie peu de la réussite individuelle (sinon celle du roi, comme symbole du peuple).
  Les dieux qu’inventa Primatin tiraient leur autorité de la pression communautaire; ils s’imposaient par la contrainte d’un cadre institutionnel. On devait éloigner les maléfices, attirer les bénédictions sur le groupe. À ceux qui ne pratiquaient pas l’idolâtrie collective, on reprochait de saper l’édifice tribal. Ces traîtres devaient être punis, sinon éliminés.
  Rapportée à la survie d’une nation, que valait la vie d’un homme? Ce calcul condamna Jésus: «Il vaut mieux qu’un homme meure et que le peuple ne périsse pas» déclara le grand-prêtre de Jérusalem. Les bûchers de l’inquisition relevaient du même principe: il fallait supprimer le non-conformiste, celui qui perturbait la cohésion sociale. Pensée Unique et Tyrannie du Bien, telles furent les bases disciplinaires du monothéisme tribal en chacune de ses expressions: judaïsme, christianisme, islam.

*

  J’utilise le nom de Quasimodo par référence à l’Occident latinisé. En l’âge médiéval, christianisme et islam ont bâti leur pouvoir sur le réflexe identitaire, le patriotisme religieux. Patriotisme d’autant plus fort que religion et nation s’entremêlaient. Rappelons un adage qui voulait mettre fin aux guerres entre catholiques et protestants:
CUJUS REGIO, EJUS RELIGIO / Il faut avoir la religion du prince.
  Pour Quasimodo, le dévot chrétien, la religion était l’organisatrice des rapports sociaux. De même pour Mohammed, le pieux musulman. Aux constructions politiques, Quasimodo et Mohammed ne pouvaient envisager une charpente qui ne soit pas théiste. Générant un système inhumain, l’athéisme politique leur a donné raison (par contraste). Croyants ou non, peu de gens regrettent la disparition du système soviétique: il imposait une Tyrannie du Bien plus intransigeante et cruelle que celle de toute religion.
  L’échec d’un athéisme de gouvernement justifie-t-il le retour d’un théisme de pouvoir? «Oui! Prenons notre revanche sur le communisme!» s’exclament les nostalgiques d’une religion politiquement structurante. Mais le regain de tribalisme religieux que nous subissons aujourd’hui me semble anachrone. On ne remonte pas le temps; il est vain de contrarier l’évolution humaine. La gouvernance religieuse en politique pervertit à la fois religion et politique; elle mène à un fascisme dévot qu’aucun croyant sincère ne saurait désirer et qu’aucun citoyen libre ne peut accepter. Pour imposer leur collectivisme thée en lieu et place de l’athéisme soviétique, les talibans ont instauré une barbarie religieuse que notre Prie-Martin ne pouvait imaginer.
  Le collectivisme thée et le fascisme «des veaux» sont les dégénérescences de nos religions ancestrales. Les dieux inventés par Primatin ont servi notre progression vitale. Les dérives fondamentalistes d’aujourd’hui nous font régresser.

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30 juin 2009

Homo Technicus Universalis (HTU)

Quel Dieu pour HTU ?

  Au début d’une œuvre de prospective (2100, récit du prochain siècle), une équipe pluridisciplinaire résumait ainsi l’évolution prévisible du comportement humain:
  — Dans un monde surinformé, l’individu sollicité de toutes parts doit constamment redéfinir son identité. Aux appartenances tribales du passé succède la multi-appartenance, constituée de réseaux fluctuants et de liens sociaux moins absolus. Le principe directeur de cette évolution ne réside pas dans l’individualisme, mais dans l’individuation, l’épanouissement des potentialités et des talents de chacun.
  Aujourd’hui, nous rejetons les mythes, les dogmes, les utopies qu’imposait l’arbitraire explicatif et normatif des religions ou des idéologies. En toute liberté, nous affichons nos convictions et nos doutes. La recherche du sens de la vie n’agite plus la tribu. Elle motive l’être humain à s’auto-construire en forgeant une réponse personnelle aux défis d’une existence unique. Après diverses formes de tyrannie collective —politique, religieuse ou les deux à la fois— nous jouissons d'une libération de nos personnalités singulières. À l’image de nos premiers ancêtres, nous re-devenons des primates auto-promus. Mais nous pouvons aussi dégénérer en primates auto-détruits.
  Vilipendé par des chefs qui y perdent leurs esclaves dociles, l’individualisme moderne est un terreau de liberté où pousse la vertu aussi bien que le vice. Moralement neutre, il permet aux uns des initiatives altruistes qui culminent généreusement dans le don de leur vie. Chez d’autres, il provoque des débordements d’égoïsme, que l’invocation de Dieu ou l’exigence du Bien ne savent plus endiguer. Après des siècles d’oppression communautaire, l’être humain cultive jusqu’à l’excès sa liberté individuelle.

*

  Je désigne HTU par des initiales, puisqu’il n’est encore qu’un prototype, un produit en développement dans le grand laboratoire humain. HTU est l’homme technique universel, Homo Technicus Universalis qui succède à un Homo Religiosus en voie de disparition. Affranchi de l’ancestrale tribu, nourri d’une culture universelle, HTU cherche sa promotion personnelle et familiale, plutôt que la survivance d’un idéal patriotique ou religieux.
  Par-delà les races, les peuples, les langues, les religions, les civilisations, HTU prend place dans notre village planétaire. Avec un tronc commun basé sur la connaissance des mêmes sciences et l’utilisation des mêmes techniques, il apparaît en tous pays. Pour se développer, HTU n’a pas besoin d’éliminer le fonds tribal qui constitue ses racines. Avec des institutions internationales comme l’UNESCO, il sait préserver la diversité des patrimoines culturels. Il connaît et honore l’histoire humaine, mais il refuse d’enfermer sa pensée et sa vie dans les prisons collectives du passé.
  Sans diminuer l’attachement qu’il porte à sa langue maternelle, HTU comprend et parle l’anglais. Les Français auraient tort de s’en offusquer. L’Europe chrétienne utilisait le latin comme langue de communication; aujourd’hui, c’est l’anglais. Notre basic english s’éloigne de la langue de Shakespeare. Mais cet anglais international aide à se parler et à s’écrire, d’un bout à l’autre de la planète. De plus, fait marquant de la civilisation technique, nous communiquons instantanément par téléphone, télécopie ou courrier électronique, quelle que soit la distance entre nous.
  HTU correspond à un élargissement de la conscience identitaire: mon père était français et catholique; je suis européen et chrétien. Dans des ensembles plus vastes, la pression du groupe se fait moins sentir; l’identité personnelle s’affirme mieux. HTU n’apparaît pas seulement dans les environnements high-tech des États-Unis et du Japon, à Cambridge, Louvain, Heidelberg, ou dans la vallée de Chevreuse. On le rencontre aussi dans les pays moins industriellement développés. HTU fréquente les écoles et les universités. Il travaille dans les laboratoires et dans les usines. Il s’exprime dans des livres, dans des journaux, à la télévision.
  Jeune ingénieur indien que j’avais recruté, Thomas se comportait en HTU prototype, autant et plus que moi. Baptisé dans le christianisme, formé par l’enseignement catholique au Kérala, il me confiait, à l’occasion de l’expertise que nous menions ensemble dans un journal de Colombo :
La religion ne tient pas de place dans ma vie.
  Pendant ce temps, entre deux appels sur son téléphone cellulaire, Sisira (notre partenaire sri-lankais) décrivait l’absence de dogme comme un avantage du bouddhisme.
  Fils du muezzin d’un village malien, Moussa apprit à l’école coranique que des anges poussaient le soleil d’Est en Ouest. Lorsqu’il parvint en seconde au lycée de Bamako, son professeur expliqua le système solaire et la rotation de la terre. Au nom de la religion, Moussa s’opposa violemment à son professeur. Mais il dut admettre que la science avait raison, et que la religion avait tort. Plus tard, devenu chrétien sous le nom de Luc et logeant sous mon toit, il trouva le moyen de s’initier aux techniques occidentales.
  Thomas, Sisira, Luc et moi, nous cherchons le sens de notre vie, comme l’ont fait les hommes et les femmes de tous les temps. Qui sommes-nous ? Des techniciens, pas des robots. Où allons-nous? Nous cherchons le bonheur. Notre expérience humaine nous a appris que l’ordinateur et le fric n’y suffisent pas… La religion? En dépit d’aspects négatifs, il semble qu’elle aida Primatin, Cicéron, Moshe, Quasimodo, Mohammed et d’autres tout au long de leur cheminement terrestre.
  Quelle religion serait pertinente pour nous, hommes du troisième millénaire? Il faudrait éliminer les aspects négatifs du «sacré», ceux qui —au lieu d'une promotion— font stagner ou régresser notre humanité. Ils sont souvent liés aux abus de pouvoir que l’homme exerce en se réclamant de Dieu.



La page ci-dessus est extraite de La saga des primates promus, qui sortira prochainement en librairie. Le 15 et le 30 juillet, j’expliciterai HVA et DVA, deux sigles appelés à la célébrité.

Bonnes Vacances !

Philippe-Emmanuel, encore nommé Papy Primatin


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15 juillet 2009

HVA

Humaine Valeur Accumulée

  Si nos premiers parents proviennent d’un désordre animal plutôt que de l’ordre divin… si l’on ne peut plus prétendre qu’ils furent créés à l’image de Dieu… sur quels critères fonder l’humaine dignité?

  En premier lieu sur l’évolution perfectionniste dont les hommes ont été les acteurs, sur les valeurs morales qu’ils ont développées à travers les siècles et qu’ils amplifient à chaque génération. Certes, le progrès de la conscience humaine n’est pas linéaire. Collectivement ou individuellement, nous reculons de temps à autre. Mais, capables de reconnaître aujourd’hui nos échecs d’hier, nous pouvons choisir de les éviter demain.
  Au vingtième siècle, l’Europe chrétienne connut un dramatique retour en arrière. J’en fus victime comme beaucoup, en subissant la mort de mon père qui s’opposait à l’idéal nazi. En revanche après ce traumatisme, après une petite enfance sous les bombes, quel enthousiasme j’ai ressenti dans la vie qui renaissait autour de moi! Quel dynamisme reconstructeur! Après la seconde guerre mondiale, j’ai vécu des décennies de progrès humain. Inévitable en apparence, une troisième guerre a été évitée. Beaucoup de peuples ont acquis leur indépendance et sont entrés en démocratie. Les Nations Unies se sont opposées à l’arbitraire des potentats locaux. Aux organismes d’État se sont ajoutées des organisations non gouvernementales pour assurer l’entraide internationale à un niveau que les religions n’avaient jamais atteint au temps de leur puissance.
  De grandes souffrances ont laissé place à de grands dévouements. Des dévouements «laïcs», essentiellement. Les bonnes œuvres de la solidarité humaine se sont sécularisées. Jaloux, quelques clercs dénigrent une bienfaisance et un progrès qui échappent à leur contrôle. Ils nous jugent pires que nos aïeux, car nous leur sommes moins soumis. Je leur oppose que certaines plus-values de la Modernité (par exemple un respect accru des droits de l’homme) ne peuvent être mis au crédit de leurs sermons dominicaux. Ce sont les luttes de mon père et de ses semblables qui ont obtenu le progrès dont nous bénéficions. Aux hiérarques grincheux qui vilipendent notre autonomie, je lance un alexandrin vengeur:
                  "Méprisant les vivants, vous insultez les morts.
"

*

  La dignité de l’être humain réside dans son autonomie responsable. Au milieu des conflits, l’humanité sait se fixer des objectifs et les atteindre, individuellement ou collectivement. Depuis trente mille ans que l’homo sapiens existe, les avantages cumulés des progrès vertueux sur les régressions vicieuses constituent ce que je propose de nommer l’humaine valeur accumulée. L’économie d’écriture m’incite à abréger cette notion avec le sigle HVA.
  L’évolution vers plus d’humanité continue chaque jour, en et par chacun de nous. Libre évoluant, je contribue à faire croître HVA, en proportion des talents que des parents, des éducateurs, des conseillers m’ont aidé à développer. Rendre à la société des hommes plus qu’elle m’a donné, voilà l’objectif que je poursuis.
  La religion joue-t-elle un rôle dans le progrès de notre espèce? Important au début de l’histoire humaine, ce rôle tend à diminuer. Ce qui était un impératif social devient une option individuelle. Laïquement éduqué à sa responsabilité, l’homme moderne ne s’engage pas dans la voie du bien par soumission aux ordres d’un Dieu ou aux règles d’une Église. Il ne craint pas la punition de l’enfer ; il ne cherche pas la récompense du paradis. Il fait librement le bien dont il peut constater les fruits, en lui-même et en ses proches. Il secourt aussi les éloignés : admirable développement de la générosité sans frontière (et sans religion)!

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30 juillet 2009

DVA

Divine Valeur Ajoutée

    Je constate autour de moi une «mé-créance» sereine qui porte des fruits de justice et de paix, autant et plus que le despotisme régnant autrefois sous couvert d’Absolu divin. Des religions cherchent maladroitement à conserver ou à retrouver le pouvoir disciplinaire qu'elles exerçaient sur les sociétés primitives. "Sans nous l’humanité se perd" prétendent quelques chefs dévots, attardés dans les mythes par lesquels ils justifiaient leur propre autorité.
  La bienfaisance incroyante de vertueux athées contraste avec la malfaisance dévote de pieux fondamentalistes. Que dire aux amis qui m’exposent leur athéisme intelligent, libre, tolérant, généreux? Ils respectent autant que moi les valeurs humaines que je sers et qu'accaparent des croyants vaniteux, lorsqu'ils les déclarent "chrétiennes". Qu’ajoute ma foi à la dignité que développe une humanité affranchie de l’enchantement mythique? Je me pose cette question quand j’entends certains de mes frères en religion célébrer avec narcissisme le culte idéologique de leurs "valeurs". Braves gens, votre  bigoterie devient  superflue. En l’absence d’arrosage papiste, des fleurs peuvent s’épanouir sur le terreau humain. Hommes et femmes progressent quand ils font de leur intelligence et de leur volonté un usage libre, raisonnable, responsable. Ils régressent lorsqu’ils s'abandonnent à la Pensée Unique imposée d'en-haut, lorsqu’ils se plient lâchement aux contraintes d’un fascisme politique ou religieux.
  N’en déplaise aux ministres du sacré, je constate par expérience que la laïcité responsable d'aujourd'hui accroît l’Humaine Valeur Accumulée  (HVA) mieux que ne le fit jadis aucune tyrannie religieuse. Je cherche donc dans quelle mesure ma foi chrétienne apporte à la dignité humaine une plus-value spécifique, une valeur ajoutée que ne saurait offrir la mé-créance intelligente et vertueuse de mes meilleurs contemporains. La base de ma recherche expérimentale, c'est de contempler et méditer des faits qui m’apparaissent essentiels, par exemple l’émergence de l’autonomie humaine voici trente mille ans. Une autre naissance s'est produite voici deux millénaires. J'estime que sa signification dépasse le temps et que je n'aurai jamais fini d'en tirer les conséquences.
  Emprisonnés dans le mythe de la création, assommés par la langue de bois des prédicateurs, drogués par une magie enchanteresse, beaucoup de chrétiens se montrent incapables de comprendre le fait central de leur foi. Ce fait, c’est Noël. Noël, fête de la consommation? Échec du christianisme, dans la mesure où la célébration d’un solstice d'hiver retourne à son paganisme originel? Je ne vise pas plus le Noël pompeux du Minuit chrétiens… les homélies convenues… les vœux prodigués… carottes politiques ou religieuses qui inciteront citoyens ou fidèles à rester sages dans leurs cages: «J’aime les carottes, foi de lapin!»
  Tournant le dos aux dévotions sucrées, ignorant les promesses illusoires, j’essaie de revivre l'événement qui s’est produit en Palestine voici 2000 ans. La discrétion qui l’entoura en cache la date exacte. Pendant un recensement ordonné par l’empereur Auguste (faux dieu de la politique), le vrai Dieu de ma foi sort en personne du ventre d’une femme. Le Créateur tout-puissant se fait bambin pissant. Par amour des hommes, il prend leur condition terrestre, animale, mortelle. Lui-même se fait primate promu.
  Voilez-vous les yeux! Bouchez-vous les oreilles! Pincez-vous les narines, vous professionnels de la religion qui enfermez le divin dans un enclos parfumé (dont vous gardez la clé). En Jésus, Dieu s’est laissé voir, entendre, toucher par des terriens malodorants. Ses disciples n’étaient pas des idéologues de salon, des théologiens en chambre. C’étaient des hommes matures, accomplis dans leur métier et leur vie de famille. Ils ont suivi Celui qui se prêtait à leur expérience humaine.
  Prenant chair d’une juive nommée Marie, l’Éternel, le Transcendant expérimente ce qu’Il crée. Il se laisse palper par des humains et touche lui-même le fond de leur misère. Avant d’enseigner les hommes, Il apprend d’eux. Les paraboles évangéliques font état de son expertise humaine: comment on construit une maison (il fut charpentier); comment on ensemence un champ (il vécut parmi des paysans); comment on taille la vigne (je suis le cep, vous êtes les sarments). Muni de cette expérience, Jésus s’engage volontairement dans un chemin pentu, ronceux, crucifiant. Il meurt comme nous; il ressuscite pour nous. Le premier-né d’entre les morts nous précède dans la voie de l’ultime mutation. Dieu est descendu sur terre afin de nous élever aux Cieux!
  Naissant en prolétaire sans le sou, mourant en brigand qui a raté son coup, Jésus-Christ élève l’humanité la moins valorisée à la hauteur de sa transcendance divine. Il donne à l’être humain une valeur ajoutée que ne lui procurent ni la philosophie des sages, ni la morale des vertueux; ni les découvertes scientifiques, ni les prouesses technologiques; ni l’utopie dévote, ni l’idéal des veaux. Au podium de la dignité, un être humain déifié par le Christ triomphe sur la plus haute marche, loin devant le clone sans péché, le philosophe sans erreur, le savant sans lacune, le cosmonaute sans pesanteur.
  La foi chrétienne en un Dieu-Homme me dignifie plus que toute spéculation religieuse ou tout raisonnement philosophique. Quels que soient leurs éminents mérites, les disciples de Moïse, de Bouddha, de Platon, d’Arius, de Mahomet, tous ensemble avec la cohorte moderne des vertueux athées ne peuvent donner à mon humanité une telle «valeur ajoutée». Cette divine valeur ajoutée (DVA, offerte par la foi)  n’annule pas l’humaine valeur accumulée (HVA, gagnée par la raison). Elle la complète dans le temps. Elle la couronne dans l’Éternité.
  Entre le Christ et son disciple se produit une osmose, un échange mystique dont Marie mère de Dieu est le prototype accompli: Marie transfère à Jésus son humanité; Jésus transfère à Marie sa divinité. Philosophe de métier, Luc Ferry analyse l’humanisation du divin et la divinisation de l’humain [L’homme-Dieu ou le Sens de la vie, Grasset 1996]. Philosophe amateur, je vis ce double mouvement dans, par, avec le Christ. Mon anthropologie n’est pas mythée; je n’ai pas à me déguiser en image de Dieu, car c’est Dieu lui-même qui revêt mon humanité. Issu de Primatin et de Primatine (mes ancêtres auto-promus), je marche sur les traces du Christ pour qu’Il accomplisse en moi l’ultime mutation du vivant.


En annexe au message du 30/7/2009, ma réaction à l'encyclique "sociale" du pape Benoît XVI, publiée début juillet. Ma réaction se limite à critiquer la conception subjective de "la vérité" qui sous-tend le document. Cliquez sur les mots soulignés ci-dessous afin d'importer ce court texte (au format pdf):

 Caritas__in_veritate_


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15 août 2009

Assomption

VERS LA MONTAGNE DE JUDÉE

  Sous ce titre, je reprends un article écrit en 1994, année où je commençais d’ébaucher La saga des primates promus. C’est le commentaire du texte évangélique lu dans les églises catholiques pour la fête de l’Assomption de la Vierge Marie.
  «En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.» L'évangéliste Luc écrit en journaliste consciencieux. Comme il nous le déclare dans son prologue, il s’est informé soigneusement de tout depuis les origines. Pour ce qui concerne l’enfance du Messie, on peut penser qu’il a recueilli lui-même les confidences de Marie.
  Luc nous dit que Marie se mit en route rapidement. D’autres traductions du texte grec écrivent «en toute hâte». Pourquoi Marie se hâte-t-elle? Avait-elle l'occasion de se joindre à une caravane dont le départ était imminent? Était-elle impatiente de venir en aide à sa cousine Élisabeth?
  Dans notre contemplation des événements, revenons quelques jours en arrière. Marie reçoit la visite d'un messager de Dieu. Luc identifie le messager comme étant l'archange Gabriel, sans nous dire sous quelle forme il serait apparu. Luc rapporte seulement que Marie fut «toute bouleversée» par la salutation d’un intrus (qui est entré sans frapper). Le message est renversant lui aussi: Marie concevrait un enfant sans homme, par l'action de l'Esprit Saint. Le messager ne dit pas quand cet événement se produira, mais il donne à Marie une piste, un soutien pour se raccrocher. Il lui indique  que Dieu fait « l’impossible » chez sa cousine Elisabeth.
  Fortement surprise par l'apparition et par le message, Marie déclare cependant sa disponibilité: «Je  suis la servante du Seigneur». Le messager disparu, des interrogations raisonnables surgissent probablement chez cette paysanne de bon sens. Le message vient-il réellement de Dieu? Comment en parler à Joseph, auquel elle est promise en mariage? Après le trouble de la visite, une légitime inquiétude devait agiter Marie.
  Elle cherche une solution dans l'action, dans la marche. Prendre de la distance tout en restant à l'écoute, attendre la confirmation de l’appel divin… Marie suit la piste que Gabriel lui a fournie : Élisabeth. Elle part en toute hâte.
  Après quelques jours de marche, elle arrive dans la maison de Zacharie et Élisabeth. Dès la salutation de sa parente, sans lui laisser le temps de confier un secret, Élisabeth répond d'une voix forte (c'est-à-dire avec l’assurance que donne l'Esprit Saint): "…le fruit de tes entrailles est béni". Élisabeth appelle Marie "la mère de mon Seigneur". Élisabeth termine avec ces mots: "Heureuse, celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur".
  Marie est délivrée de son incertitude quand les paroles d'Élisabeth confirment et explicitent celles du mystérieux visiteur de Nazareth. Marie laisse libre cours à la joie, à la louange. "Mon âme exalte le Seigneur" exprime le soulagement de son psychisme, la dilatation de tout son être. "Mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur" indique l'harmonie de sa volonté avec le plan divin du salut, dont elle devient un instrument efficace.
  Lorsqu'on psalmodie à plusieurs la prière mariale, on pourrait alterner les deux salutations, celle de Gabriel, celle d'Élisabeth. Elles se complètent, elles se répondent :

"Réjouis-toi Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi."
"Tu es bénie entre les femmes et le fruit de ton sein est béni."

  Admirons l'action de l'Esprit Saint dans ces deux femmes: Marie appelée à être la mère du Sauveur, Élisabeth chargée de lui confirmer sa mission. Certainement, Marie n'est pas restée inactive durant son séjour de trois mois chez sa cousine. Mais la rencontre des deux femmes n'avait pas pour but une aide matérielle : l'Esprit Saint a fait d'Élisabeth l'accompagnatrice  spirituelle  de Marie.



En annexe, je situe l’Assomption de Marie dans le cadre de l’histoire chrétienne du salut, une histoire dans laquelle  foi et  raison s’accordent chez ceux-là seulement qui renoncent au commencement mythique d’autrefois.
Importez ce texte (une page au format pdf) en cliquant sur le titre qui suit :

Notre_ultime_mutation


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30 août 2009

les bons ariens

Incohérence catholique

  Les deux précédents messages du blog de Primatin utilisent l’expression "Marie, mère de Dieu". Est ainsi désignée la personne historique d’une femme juive. Elle fut mère d’un nommé Jésus, en qui les premiers chrétiens reconnurent non seulement le Messie annoncé par les prophètes d’Israël mais surtout Dieu lui-même, incarné pour se faire connaître de tous les hommes.

  Dans la seconde partie d’une prière qu’ils affectionnent, les catholiques utilisent une expression définie au cinquième siècle du christianisme: «Sainte Marie, mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs…». Pensent-ils vraiment ce qu’ils récitent à longueur de chapelet?

  Pour éclairer la question, il faut revenir aux sources expérimentales de la foi chrétienne. Les apôtres et les disciples qui ont fait l’expérience de Dieu dans la personne de Jésus-Christ n’étaient pas des théoriciens de la religion. Ils ont relaté ce qu’ils vécurent avec un personnage étonnant, à la fois pourfendeur de l’hypocrisie religieuse et sage pédagogue, invitant les humains à regarder plus loin que leur vie terrestre. Au-delà des vertus du personnage, ils reconnurent sa nature divine. Selon le récit de Jean l’évangéliste, Thomas voyant de ses propres yeux Jésus ressuscité lui déclara: «Mon Seigneur et mon Dieu». Thomas et les autres n’ont pas établi de dogme. Ils nous ont rapporté une réalité qu'ils ont découverte peu à peu: l’homme qu’ils avaient suivi sur les routes de Palestine, c’était Dieu lui-même.

  Passé le temps du témoignage sensoriel (ce que nous avons vu, entendu, touché, nous vous l’annonçons, première lettre de Jean), des théologiens commencèrent à théoriser l’expérience des apôtres et des premiers disciples de Jésus. Certains conservaient des préjugés religieux bien ancrés dans la mentalité antique: ils ne voulurent pas admettre que Jésus-Christ soit à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. La spéculation théologique voulut prendre une revanche sur le constat expérimental. L’on vit surgir une théorie refusant au  Christ la nature divine. Arius, brillant prédicateur d’Alexandrie, expliqua aux foules que Jésus n’était pas vraiment Dieu, et les dockers du port trouvèrent là un prétexte pour se battre entre eux. "Halte là!" intervint Constantin "je n’ai pas autorisé le christianisme pour qu’il sème la zizanie dans mon empire…". En l’an 325, il convoqua les évêques dans la ville de Nicée. En l’absence du Pape malade, ce premier «concile» rédigea une formule sans équivoque et condamna «l’impiété d’Arius».

  Le mouvement qu’Arius avait déclenché n’en continua pas moins; les historiens lui ont donné le nom d’arianisme. En dépit de Nicée, des évêques, un empereur, puis des rois barbares se déclarèrent ariens. Des méchants ariens persécutèrent les gentils catholiques fidèles aux décisions de Nicée (confirmées lors du concile de Constantinople). Notons que, devenu catholique par le baptême de Clovis (en 496), le royaume franc était entouré de deux royaumes ariens, celui des Wisigoths et celui des Burgondes. L’arianisme aurait pu étouffer la foi chrétienne dans son affirmation première: Dieu s’est incarné en Jésus-Christ, par qui seul nous pouvons Le connaître vraiment.

  Au septième siècle, l’islam rétrograda Jésus au rang de simple prophète, absorbant ainsi l’arianisme qui disparut en tant que courant chrétien organisé. Cependant, dans le catholicisme actuel (en France tout au moins), une vision arienne du Christ se trouve de nouveau promue. C’est elle qui imprègne le catéchisme enseigné aux enfants. «Sainte Marie, mère de Dieu» disent des catholiques. Mais ils ne reconnaissent pas Dieu dans le fils de Marie… Contrairement aux persécuteurs de jadis, ces pieux incohérents ne sont pas méchants. Ils peuvent exceller dans les "valeurs chrétiennes". Certains ne voient en Jésus qu'un thaumaturge compatissant qui leur donne «foi en la vie». Ce sont vraiment des bons ariens !

 

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15 septembre 2009

les clones divins

Incohérence catholique (suite)

Chacun sait aujourd'hui que les humains ne sont pas apparus sur terre voici six mille ans, fabriqués par Dieu à son image comme le raconte le Livre de la Genèse au début de la Bible. Les récits mythiques ont longtemps satisfait l'humanité. Mais il me semble conforme au développement constant de ses connaissances qu'elle finisse par découvrir elle-même la réalité de ses origines. Si Dieu l'a créée libre, c'est aussi pour qu'elle fasse un libre usage de sa capacité de réflexion et d'auto-connaissance, pour qu'elle poursuive sans relâche sa marche vers une  pénétration plus intime de la vérité.

La vérité échappe à ceux qui croient la posséder déjà et donc ne la cherchent plus. Telle me semble être l'erreur de ceux qui, sous prétexte d'une fidélité à "la parole de Dieu", rabâchent comme un slogan de propagande l'affirmation de La Genèse selon laquelle l'homme a été créé "à l'image de Dieu".

On pourrait sur le sujet écrire tout un livre. Je préfère laisser la parole à un jeune garçon qui se préparait à sa "profession de foi". L'Eglise Catholique la propose aux jeunes de 12/13 ans, à l'issue de cinq années de catéchisme. Mais quel catéchisme? Est-il cohérent avec ce que les jeunes apprennent à l'école?

Tiago conteste

— M’sieu, si l’homme a été créé à l’image de Dieu, Dieu est un macaque !
  Au milieu des HLM, je suis entouré de six garçons et filles que l’on m’a confiés pour les préparer à leur profession de foi. Tiago (13 ans) me provoque dès notre première rencontre. À la réunion suivante, je dispose côte à côte les têtes d’Adam et du Créateur, telles que peintes par Michel-Ange sur le plafond de la chapelle Sixtine. Entre les deux visages, nous relevons des similitudes : regard, front, nez, oreilles… Âge et barbe exceptés, le vieillard autoritaire et l’éphèbe indolent sont identiques. Pour l’art italien de la Renaissance, Dieu s’est cloné en l’homme.
  Je propose de vérifier le slogan contesté par Tiago : le premier homme fut-il créé à l’image de Dieu, oui ou non ? Nous découpons dans un magazine la silhouette d’un homme primitif (visage grimaçant, corps velu), puis nous le collons de façon à recouvrir l’Adam de Michel-Ange. Le réel se substituant à l’idéal, nous inversons le clonage pictural. Que devient le Créateur ? Un cousin du chimpanzé, un « macaque » en parler collégien…
  Nous discutons de la beauté et nous constatons qu’elle ment parfois. L’art ancien peut déguiser la vérité, tout autant que la littérature et le cinéma modernes. Michel-Ange voulait-il tromper ses contemporains ? Supposons qu’il ait connu l’allure véritable des premiers humains, aurait-il peint le Créateur en papy paléolithique ? Non, protestent mes jeunes détectives (leur catéchèse est une enquête que nous menons ensemble).
  Je loue la sagesse de l’art juif et de l’art musulman, qui s’interdisent toute représentation picturale de la divinité. Quant à nous, chrétiens, notre foi reconnaît en un seul homme l’image authentique de Dieu. Je demande aux jeunes qui est cet homme; ils me regardent muets. Au bout de quelques secondes, Tiago lui-même se lève et s’écrie : « Jésus ! ».
  Une telle affirmation le dépasse. Il nous faut la confirmer. Nous feuilletons le Nouveau Testament jusqu’à une lettre de l’apôtre Paul aux chrétiens de la ville de Colosses. Nous y lisons :
— Il est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature… Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts.

*

  Pour saint Jean, avant que Jésus nous le fasse connaître, nul n’a vu ni entendu Dieu. Ni Adam qui se serait promené avec lui dans le jardin d’Éden ; ni Moïse qui aurait tiré La Genèse des confidences reçues au Sinaï. Chrétiennement parlant, la théologie (connaissance de Dieu) et l’anthropologie (connaissance de l’homme) commencent avec Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. Jean, Philippe, Matthieu, Thomas, Pierre et les autres furent les compagnons physiques du Dieu fait homme. Abandonnant la spéculation religieuse au profit d'une foi expérimentale, le chrétien de tous les temps est invité à revivre mystiquement le compagnonnage de Jésus-Christ, tel que présenté dans les témoignages évangéliques.
  À l’époque où un pseudo-Moïse spéculait sur la Création, Platon formulait le monde des Idées. Dans le cadre culturel de l’Antiquité méditerranéenne, on expliquait le visible par l’invisible, le touchable par l’intouchable, le réel immanent par son modèle transcendant. Dans le cadre de la Modernité occidentale, cette démarche est aberrante. Nous cherchons l’invisible à partir de notre expérience du visible. La nature expérimentale de la foi chrétienne s’accorde avec la nature expérimentale du savoir contemporain.

*

  Les premiers chrétiens tiraient leur foi de l’expérience. Avec le Christ, ils connurent la divinité sur un mode expérimental. Selon leurs écrits, notre ressemblance à Dieu n’est pas un don naturel, reçu à la conception. C’est un don de la grâce accordé par une renaissance dans la foi. Ma ressemblance à Dieu, je la peins librement en moi-même, jusqu’à ce que je devienne image indélébile du Christ et compagnon de son Éternité divine.
  Saint Paul déclarait aux chrétiens de Corinthe [première lettre, chapitre 15] :
— De même que nous sommes à l’image de celui qui est pétri de terre, de même nous serons à l’image de celui qui vient du ciel.
  Avec le récit mythique de la Création, notre ressemblance à Dieu était le fruit d’une imagination dévote. Confortée par les signes visibles que les témoins de Jésus ont rapportés, notre ressemblance à Dieu devient une espérance solide, garante de notre avenir. Jean écrit dans sa première lettre :
— Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.
  Le pseudo-Moïse partait de l’inconnu pour définir le connu, de l’inobservable pour décrire l’observable. La démarche de Paul et de Jean est inverse. Ils partent d’un constat : ressuscité, transfiguré, le corps du Christ SUR/VIT dans une transcendance qui déborde temps et espace. Paul et Jean définissent la foi chrétienne comme le fait de vivre une transformation que le Christ a vécue en premier :
— Si nous sommes déjà en communion avec lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons encore par une résurrection qui ressemblera à la sienne [lettre de Paul aux Romains, chapitre 6].
  Aucun adam (celui qui est pétri de terre), aucun membre de l’espèce humaine n’est par naissance « image de Dieu ». En mettant sa foi dans Celui qui vient du Ciel — Jésus, image visible du Dieu invisible — le chrétien est appelé à devenir image de Dieu. Voilà ce que nous disent Paul et Jean. Leur témoignage est le roc sur lequel nous pouvons construire une foi solidement raisonnée, une foi cohérente avec la réalité de nos origines, patiemment découverte par d'honnêtes chercheurs de la vérité comme Charles Darwin.

 


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30 septembre 2009

Liberté originelle

PRIMATIN & PRIMATINE
ou la liberté
originelle

  Primatin & Primatine, qui c’est? Des iconoclastes piétinant la religion? Nos ancêtres scientifiquement reconnus? Non, ce couple imaginaire illustre la réussite librement obtenue des premiers humains. Il dément les bigots qui nous font débuter dans l'échec. Il s’oppose aux scientistes qui nous méprisent comme ayant réussi par hasard.
  Primatin et Primatine ne sont pas des ancêtres révélés; ils n’affichent pas la prétention historique qu’Adam et Ève revendiquaient autrefois. Ils se contentent d’être vraisemblables, au regard des connaissances actuelles; ils se veulent représentatifs d’un couple pleinement humain, apparu sur terre quelque trente mille ans avant l’ère chrétienne. Ils voudraient tenir la place d’ancêtres réels mais insaisissables, réels au sens où deux squelettes retrouvés et l’analyse subséquente de leurs gènes montreraient avec certitude qu’ils formaient un couple d’homo sapiens embrassant dans sa descendance toute l’humanité d’aujourd’hui.

  Je fais le pari de ne pas attendre l'exhumation des premiers terriens ayant initié la pensée réflexive et le choix raisonné. J'estime que ces héros primitifs nous resteront cachés jusqu’à la fin des temps. S’ils se montraient cependant, je suggèrerais que la langue française leur attribue les noms de Primatin et de Primatine (signifiant par là qu’ils sont les lointains descendants de primates à quatre pattes). L’anglais pourrait suivre l’usage international qui classe les espèces en latin: Primatus and Primata shall be the first representatives of the homo sapiens species.
  Pas historiques mais hautement significatifs, Primatin et Primatine peuvent être dits «personnages conceptuels». Ils ne sont pas des clones divins, créés par Dieu à son image. Ils ne sont pas les fruits du hasard, ni ceux de la nécessité. Le concept qu'ils représentent, c'est celui de notre liberté originelle, intelligemment utilisée pour le perfectionnement de la vie. Avec Primatin et Primatine, l’évolution dépend du libre choix des évoluants.
  Mes descendants de primates inaugurent une pleine autonomie, conquise en des millions d’années. Ils sont des primates «auto-promus». L’humanisme qu’ils nous transmettent s’enracine dans un combat intelligent et volontaire contre des pièges et des obstacles de toutes sortes. À l’exemple de ces pionniers, une confiance obstinée dans notre aptitude à survivre permettra d’affronter résolument les conditions toujours changeantes de la lutte pour la vie (mondialisation, surpopulation et réchauffement climatique, par exemple).

*

  Maintenant bien établie —mais présentée dans la nécessaire sécheresse de son objectivité scientifique— la théorie de l’évolution ne satisfait pas notre besoin psychique de premiers parents. Darwin nous a laissés orphelins des ancêtres qu’inventaient les traditions religieuses, et ses successeurs n’ont pas comblé le vide. Cent cinquante ans après la publication de De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle…, les paléontologues ne nous proposent que des traces d’ancêtres, des fragments d’os éparpillés à travers siècles et continents. La Bible nous faisait aristocrates déchus; nous voilà d’origine roturière, et vulgairement imprécise. Poussières d’étoiles? Cousins des singes? Issus du hasard?
  Le hasard comme géniteur ultime? Tous «nés sous X »? Charles Darwin hésita à couper les racines bibliques de notre arbre généalogique. Finalement, en scientifique honnête, il laissa la réalité effacer le mythe. En philosophe avisé, je ne puis que l’approuver: lorsqu’une théorie explicative est dépassée, il ne faut pas la retenir par scrupule religieux ou par inertie intellectuelle. Après Galilée, des nostalgiques se sont accrochés au géocentrisme savant qu’avaient développé Aristote et Ptolémée; ils se sont ainsi ridiculisés, eux et l’institution qu’ils dirigeaient. Patiemment acquise, la connaissance expérimentale des réalités naturelles s’est substituée aux hypothèses spéculatives que nos vénérables Anciens avaient émises. Aussi intelligents que nous, ils ne disposaient pas des instruments d’observation qui nous ont ouvert la compréhension de l’univers. Univers interne: notre propre corps. Univers externe: le cosmos tout entier. Quelle joie d’apercevoir enfin ce qui nous fut si longtemps caché! Quelle mesquinerie de décrier ces connaissances, sous prétexte qu’elles seraient contraires à de saintes traditions!

*

  Attention, cependant! Sortie des explications confuses que la religion proposait jadis —en des domaines éclairés désormais par la science— l’humanité se ferait du tort si elle attendait de cette même science l’entière dissection de son propre mystère. Autrement dit, l’intrusion de la science dans le domaine métaphysique serait aussi néfaste que la censure religieuse dans le domaine scientifique.
  Sortant de la science expérimentale où Darwin avait excellé, des idéologues se saisissent de l'évolution pour nous prêcher un anti-humanisme désespérant. Non contents de lutter contre la croyance au divin, ils sapent la foi en l’homme et en sa liberté. Leur métaphysique prétentieuse remplace le dieu bouche-trou d’antan par un hasard qui l’est tout autant. «Dieu vit que cela était bon» répétait le récit biblique de la Création. «Le hasard fait bien les choses» affirmait sur toute sa première page un magazine culturel, saluant les 200 ans de Charles Darwin avec cet aphorisme béat.
  Avant l’anniversaire fêté en 2009, une revue de vulgarisation scientifique titrait: LE HASARD EST MAÎTRE DE NOS ORIGINES, DE NOTRE IDENTITÉ ET DE NOTRE DESTIN.
  L’auteur songea-t-il à vérifier sur lui-même sa formule? Est-il né par hasard? Devenu journaliste par hasard? Destiné à périr d’une maladie provoquée par le hasard? Ou voulait-il seulement appâter le lecteur au moyen de son titre?
  Sous prétexte d’évolution, des scientistes à la vue courte gomment le mystère de l’homme, son étonnante liberté, son admirable autonomie. Ils nous réduisent à une mécanique programmée de façon aléatoire. Créationnisme ou évolutionnisme ? Dans les dérives de ces idéologies opposées, la liberté humaine est également malmenée. Pour le créationniste idolâtrant la Bible, l’homme naît libre mais un dieu balise son chemin. Ainsi, la première expression de son autonomie consiste à sortir des limites fixées. Aujourd’hui encore, le catéchisme catholique parle d’un «abus de liberté» suivi d’une «chute». Pas de réussite initiale, pas de progrès, mais une régression due au choix lamentable du premier couple. Maudit cadeau, cette liberté!
  Un évolutionniste idolâtrant le Hasard résout le problème plus radicalement. Pour lui, la liberté humaine n’existe pas: c’est un leurre, une illusion. Tous nos actes dépendent de phénomènes physiques qui s’imposent à nous et dictent notre comportement. L’homme est mû par des forces mécaniques qu’il feint d’ignorer, mais que les progrès de la science lui feront connaître chaque jour davantage.
  En lui ôtant la responsabilité de ses échecs comme de ses succès, le scientisme hasardeux dépouille notre humanité de sa dignité spécifique, de son essentielle supériorité sur toute autre lignée animale. Chercher un sens à la vie humaine serait du non-sens. Comme avenir, c’est l’auto-destruction que nous promettent les évolutionnistes les plus enragés. Prendrons-nous ces cassandres comme guides de notre résignation devant les conflits de l'existence? Baisserons-nous les bras quand ils nous disent que nous ne pouvons changer le cours des choses?
  Déclarez «fruit du hasard» la réussite d’un self-made-man: il vous bottera les fesses! Inversement, au lieu d’invoquer l’obéissance à ses chefs, le nazi du futur demandera à Maître Hasard d’assurer sa défense… Le fanatisme des évolutionnistes hasardeux renforce l’obsession des créationnistes endurcis. Dans les deux cas, on ne fait pas droit à l’autonomie, à la dignité de l’être humain. On l’affirme soumis à une puissance externe, Destin ou Divinité.
  Il faut sortir du dilemme «Dieu ou Hasard». Primatin et Primatine nous y aideront. Depuis une vingtaine d’années, je sculpte le couple primatinien pour qu’il joue le rôle des premiers homo sapiens. Je veux ce couple réaliste mais pas ennuyeux, afin que sa fantaisie attire une sympathie générale (bigots et scientistes exceptés). Mon ambition serait que Primatin et Primatine créent un lien de fraternité entre les humains de toutes ethnies et cultures. Nous nous sommes donnés différents ancêtres. Amenons-les au melting pot originel, à côté des primates promus!
  Frères humains thées ou athées, juifs, grecs, arabes, hindous, incas, chinois et zoulous, vous trouverez en Primatin et en Primatine des grands-parents dont vous pourrez être fiers. Vous tenez d’eux le succès de notre espèce. Surmontant comme eux les obstacles de la nature, vous prolongerez la réussite humaine à la mesure des valeurs que l'humanité s'est acquise. La première de toutes, c’est la liberté. Ne la sacrifiez pas aux certitudes d'une religion! Ne l'abandonnez pas aux incertitudes du hasard!

Philippe-Emmanuel


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