Sa Primatine étant gravement malade, Primatin interrompt pour quelque temps la publication de son blog. Il invite les internautes à se reporter au "nuage de tags" (liste de mots-clés) situé en colonne de gauche, afin de consulter ce qui est dit sur leurs thèmes d'intérêt. Le présent blog fut publié régulièrement pendant deux ans, tous les quinze jours d'abord, tous les mois ensuite. C'est l'annonce d'une "année Darwin" qui suscita sa création. En effet, 2009 marquait le deux-centième anniversaire de la naissance de Charles Darwin (1809) et le cent-cinquantième anniversaire de la publication de L'origine des espèces (1859). Titre complet de cet ouvrage:
On the Origin of Species by Means of Natural Selection, or the Preservation of Favoured Races in the Struggle for Life
Peu d'œuvres scientifiques ou philosophiques auront — autant que celle de Charles Darwin — modifié le regard que l'homme porte sur lui-même. Plus que tout autre, cet amoureux des connaissances expérimentales a fait progresser le "connais-toi toi-même" que professaient déjà les philosophes grecs de l'antiquité.
« Au commencement… la liberté ! ». Voici trente millénaires environ, un couple
de bipèdes quittaient leur harde et sortaient de la jungle. Ils luttèrent pour
faire fructifier leur héritage vital. Ils transmirent à leurs descendants un
capital génétique amélioré. Leur audacieuse liberté les fit pionniers d’une
espèce nouvelle, la nôtre. En l’absence de traces scientifiques
précises, j’ai inventé Primatin et Primatine pour qu’ils représentent le
premier couple de primates auto-promus portant les mêmes gènes que nous.
Dans la culture expérimentale qui imprègne
aujourd’hui la terre entière, Primatin et Primatine se proposent comme parents
historiques de tous les humains. Voilà un rôle qu’Adam et Ève ont perdu :
ils étaient le fruit d’une culture spéculative, limitée au basin méditerranéen.
Selon la thèse que je défends, l’atout gagnant de
Primatin et de Primatine, le secret de leur réussite, ce fut la rupture d’avec
le grégarisme animal. Au dire des paléontologues, l’apparition de l’homo
sapiens — encore appelé homo
sapiens sapiens ou homme moderne — date de trente mille ans environ. L’homme dit
«de Cro-Magnon» marque le début d’une espèce à laquelle appartiennent tous les
humains d’aujourd’hui tandis que (selon les dernières analyses) l’homme dit «de
Neandertal» n’en fait pas partie. Peut-être moins douée pour la lutte vitale,
sa race s’est éteinte.
En attendant de nouvelles découvertes et de nouvelles
pistes, nous pourrions comparer les mérites respectifs de Neandertal et de
Cro-Magnon. Mais mon objectif n’est pas de contribuer à la recherche
paléontologique. C’est de situer l’homme et sa liberté, en référence à ses
origines.
Je prie lectrices et lecteurs d’admettre que
Neandertal manquait d’audace et d’autonomie, ce qui amena sa perte. Transposée
dans notre siècle, cette hypothèse pourrait devenir : la chute
néandertalienne guette ceux qui n’ont pas, dans la lutte vitale, le courage de
l’autonomie. Les uns s’engoncent dans le confort servile attendu d’un
État-Providence. Les autres s’enchaînent aux mythes disciplinaires d’une
religion. Pourquoi se tourmenter quand il est si simple d’obéir ?
Utiles au plan collectif, religion et politique
deviennent nuisibles au plan individuel, quand leur grégarisme étouffe la
liberté originelle de l’homme, cette liberté qui nous appelle à devenir plus
humains chaque jour !
*
Dans un groupe animal, des individus prisonniers de
leurs instincts et de leurs peurs se soumettent au mâle dominant, celui qui
montre sa force en éliminant ses rivaux. Marquant leur différence en recourant
au raisonnement spéculatif, les premiers humains ont postulé l’existence d’une
énergie plus subtile que celle du muscle, des griffes, des crocs, du sexe. La
force invisible et immortelle que nos ancêtres plaçaient à la source de toute
vie fut attribuée à des «esprits» ou à des «dieux». Entre humains, la lutte
pour le pouvoir continua selon le mode animal, c’est-à-dire avec le triomphe du
plus fort. Mais, lorsqu’on se mit à célébrer le vainqueur en favori de la
divinité — ou même en dieu, tels le pharaon égyptien et l’empereur
romain — on interdit de le détrôner et on assura sa succession. Louis XIV
fut en France un mâle dominant son peuple, autant que les femelles de sa cour…
Mais il était aussi roide
droit divin !
Aux tribus humaines, la religion apporta une
stabilité politique qui permit la naissance et le développement des
civilisations.
*
Cujus regio, ejus religio (il faut avoir la religion du prince), tel fut
longtemps, en Europe, le principe qui sacralisa l’union du politique et du
religieux. Un tel adage visait à souder la nation dans une Pensée Unique, celle
du prince ou du roi. Louis XIV l’appliqua lorsqu’il révoqua l’édit de Nantes
(par lequel était tolérée la pensée protestante).
Au vingtième siècle, des partis politiques mirent la
Pensée Unique au service d’un pouvoir totalitaire — athée dans le modèle
marxiste. Cujus regio, ejus a-religio aurait
pu décréter l’Union Soviétique :
— Tovaritch, tu
dois adopter l’a-religion du Parti, sinon c’est la Sibérie !
Après la Pensée Unique, le patriotisme dévot
constitue une nouvelle manifestation liberticide de l’imbrication
politique/religion. Dans ce communautarisme,
le Cujus regio se traduit :
« il faut avoir la religion de sa région ». Plus de prince (on est,
théoriquement, en démocratie) mais un culte qui tyrannise ses adeptes et les
dresse contre les fidèles des autres cultes. Si, dans un pays musulman ou
hindou, vous appartenez à une famille de forte tradition religieuse,
l’éloignement des traditions ancestrales sera considéré comme une trahison de
votre communauté naturelle, et il pourra vous en coûter la vie…
Pauvre liberté menacée par la politique et par la
religion dans diverses formes de théocratie et d’athéocratie !
*
Dans l’introduction de son livre au titre célèbre
— Le désenchantement du monde —Marcel
Gauchet définissait le christianisme comme la religion de la sortie
de la religion (à ses origines tout au
moins). L’auteur prenait acte de la rupture que marqua le message évangélique
par rapport aux religions du mythe et de la discipline tribale.
Philosophes et théologiens sont férus d’oppositions
terminologiques dites «oxymores» ; ils illustrent ainsi la complexité du
sujet qu’ils traitent, et ses contradictions apparentes. L’oxymore de Gauchet,
je le reprends à mon compte. Je l’explicite en remplaçant par «foi» la première
occurrence du terme «religion». Le christianisme que je vis, c’est :
— une foi qui fait sortir de la religion.
Les chrétiens devraient apprendre à distinguer leur
foi commune — issue du témoignage donné par les apôtres et les premiers
disciples du Christ — des religions qui se sont ensuite établies dans
différents contextes culturels et politiques : orthodoxie grecque,
catholicisme latin, luthéranisme allemand, évangélisme américain, etc…
Comme «sortie de la religion», je ne connais pas de
démarche plus significative que celle de l’apôtre Paul. Après en avoir été un
promoteur fervent (fanatique même), Paul de Tarse abandonna les pratiques
religieuses du nationalisme juif. Il annonça l’Évangile aux «païens» de tous
bords, en témoignant de sa rencontre avec la personne même du Christ
Ressuscité.
Voici comment Paul exhortait les colons gaulois
d’Asie mineure à se libérer de la loi de Moïse :
— Frères, si le Christ nous a libérés, c’est pour que
nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne reprenez pas les chaînes de
votre ancien esclavage [lettre
aux Galates, chapitre 5].
Que l’on me permette de trouver complémentaires la
liberté de Primatin et celle de Paul. Primatin (personnage conceptuel) lutta
audacieusement pour sa survie et celle de sa descendance. Paul (personne
historique) combattit obstinément pour sa sur/vie
et la nôtre :
— Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la
course…
[lettre à Timothée]
Liberté au commencement. Liberté aujourd’hui, demain et toujours,
malgré les servitudes grégaires de la politique et de la religion.
Ce document est dédié à ceux qui réfléchissent aux fondements d'une politique respectueuse de la personne humaine et de son environnement.
———————
Introduction
Dans les organisations religieuses ou politiques,
l’individualisme est mal vu. Un groupe idéologique
souhaite habituellement que ses membres s’identifient à des modèles —papes ou secrétaires généraux— modèles dont l'autorité pure et dure illustre les valeurs d'une collectivité disciplinée, unie sous la direction de Chefs bien aimés. Cependant, un mouvement se fait du tort à lui-même s'il étouffe l’autonomie créatrice de ses adhérents. Églises ou Partis s'appauvrissent à force de promouvoir un conformisme grégaire. L’homme
est fait pour vivre en société, non en troupeau. Il est contraire à sa dignité
de laisser son individualité se dissoudre dans des réseaux communautaires.
Ce que l’on nomme « les droits de
l’homme », ce sont les droits de l’individu humain, homme ou femme. La
déclaration universelle des droits de l’homme se montre foncièrement individualiste. Au moment de la création d'un nouveau parti ou de la refondation d'un mouvement politique, voici la question à poser : comment construire une démocratie socialement cohérente sans brider les libertés de penser, de parler et d’agir qui furent, dès les origines
humaines, essentielles à l’auto-promotion de notre espèce?
Quels seront les fondements de notre mouvement, les piliers de sa construction? J'en vois trois principaux.
Trois piliers ou "couples fondateurs"
Le premier pilier, c’est le couple
liberté/responsabilité.
Dans
l’introduction de Au commencement… la liberté (ouvrage en
préparation), j’établis que l’homme ne fut pas créé par Dieu à son image, comme
le voudraient certains théistes. Il n’est pas non plus le simple fruit d’une
errance chaotique, comme le voient les marionnettes de Maître Hasard. La
liberté me semble la valeur fondatrice de l’espèce humaine. Après des
millénaires de contrainte religieuse, après un siècle d’oppression idéologique,
l’humanité commence à retrouver sa liberté originelle.
Simultanément, beaucoup d’humains prennent
conscience de leur responsabilité quant à l’environnement naturel dans lequel
leur évolution continue de se développer. Par sa courageuse intelligence, chacun peut rendre la planète Terre mieux vivable; par une lâche négligence, chacun risque de contribuer à sa
destruction. Le premier message à diffuser me semble être le suivant: dans le domaine écologique, chacun est
responsable de tous.
Les grandes catastrophes ne sont-elles pas issues de
multiples abandons? Ne blâmons pas Dieu, le Diable, les Riches, le
Gouvernement ou nos adversaires politiques… Avec détermination, que
chacun prenne en charge son environnement immédiat !
Le second pilier, c’est le couple
sobriété/exemplarité.
Quand un militant
écologiste de base oublie les détritus de son pic-nic dans un bois, il se
comporte de façon incohérente, mais il ne met pas en danger sa formation politique.
En revanche, si un élu vert manifeste un usage abusif de l’automobile, sa
sur-production de CO2 discrédite sa cause. On ne peut certes forcer les élus à vivre et à travailler dans un carcan ascétique. Mais la nature même de l’écologie exige de ses responsables une sobriété exemplaire. Les élus et les permanents doivent éviter pour eux-mêmes la sur-consommation que leur parti condamne.
Le troisième pilier, c’est le couple
générosité/solidarité (de chacun envers
tous).
Il serait facile de déclarer que :
—>Au plan national, c'est à l’État de résoudre
toutes les situations d’injustice et de pauvreté.
—>Au plan international, c'est le devoir des Nations Unies.
Réjouissons-nous de vivre dans des États
démocratiques! Cependant, ne demandons pas à l’État des miracles! Et, avant les élections, ne promettons pas la lune!
Un parti politique soucieux de servir le peuple (non de lui imposer son pouvoir) s’efforcera de faire comprendre à chaque
citoyen que la clé d’un avenir meilleur reste en ses propres mains, parce qu’une libre générosité individuelle se montre
plus efficace que la contrainte légale d’une collectivité… fût-elle la plus démocratique au monde!
La répartition des richesses par l'impôt est nécessaire. Elle n'est pas suffisante…
[Voici le résumé du livre sur lequel je travaille,
en parallèle avec le blog de Primatin]
AU
COMMENCEMENT… la liberté !
Présentation
synthétique
CHAPITRE
UN
Libres
artisans de leur évolution, Primatin et Primatine montent sur la scène d’un Au-commencement nouveau. Un grain de fantaisie et
une once d’ironie assaisonnent l’épopée post-édénique qui célèbre la réussite
effective de l’humanité (en lieu et place de sa chute mythique). Des
descendants de primates viennent au secours des clones divins et leur
apprennent à lutter pour vivre.
Chez
les chrétiens, il reste des fondamentalistes durs : ils sont cohérents dans
leur créationnisme pur. On trouve aussi des fondamentalistes mous : ils sont incohérents
dans leur créationnisme mitigé.
CHAPITRE
DEUX
Capable
par son intelligence de se comprendre et de comprendre le monde, apte par sa volonté à maîtriser
l’instinct, l’être humain est appelé à une liberté et une responsabilité toujours
plus grandes. Par ses choix personnels, un citoyen mature participe à l'évolution des sociétés dans lesquelles il vit.
Les monarchies antiques exigeaient l’obéissance passive de tous. Les démocraties modernes demandent l'engagement actif de chacun. Le «péché originel»
pourrait signifier une évolution à rebours. Symboliquement, l’adam et l’ève sont en tous les humains, provoquant en chacun des régressions infimes, des petites lâchetés dont l’accumulation
produit les catastrophes collectives.
CHAPITRE
TROIS
Pour assurer l’ordre dans la première tribu humaine, nos ancêtres embauchent des
gendarmes divins. Plus près de nous, Cicéron
attribue le succès des armées romaines à la piété de ses concitoyens.
En période de mondialisation, il faut sortir de la discipline patriotique promue par les religions traditionnelles. La sécularisation devrait progresser durant notre vingt-et-unième
siècle, malgré la résistance des idéaux politico-religieux qui s’accrochent au pouvoir.
CHAPITRE
QUATRE
Le
vingtième siècle fut celui des tyrannies laïques. Avec une force brutale, elles
prétendaient établir leur paradis terrestre, racial ou prolétarien. Les idéaux
totalitaires —au nom desquels on s’opprime ou se massacre— peuvent être
religieux, politiques, ou les deux à la fois. Dans le bréviaire idéaliste d'Oussama, une fin supposée bonne justifie des
moyens criminels. Hitler et Staline raisonnaient de même… Attention aux complots liberticides camouflés sous de brillants idéaux ! Observons attentivement la modeste réalité, pour mettre notre
intelligence en accord avec elle !
CONCLUSION
En
pratiquant la condition humaine, l’individu réaliste assimile des connaissances
expérimentales qui l’aident à lutter pour vivre. Mais la mort reste au bout de notre espace-temps terrestre. Celui qui veut sortir de cette impasse devra combattre pour sur/vivre.
Mon second volume proposera la sur/vie
dans l'Éternité comme objectif final de l'évolution humaine. Objectif à choisir ou à refuser, avec la liberté des commencements…
Une introduction écrite pour l'ouvrage résumé ci-dessus invite à regarder l'humain de plus près
Contrairement aux prévisions du message précédent
(daté 1/7/2010), je ne consacrerai pas le message d’aujourd’hui (1/8/2010) à
dénoncer «l’idéalisme mythique». Sans perdre de vue son objectif
principal, le réaliste s’adapte continuellement aux imprévus. Dérangeant mes
projets de vacances, un événement s’est produit, que tous nous vivons un jour : c’est
la mort d’une personne très proche, douloureuse par la séparation physique,
inquiétante par le rappel d’une échéance inéluctable pour chacun.
Je veux méditer sur cet événement qui est nécessaire
selon la nature, mais qui survient à l’improviste et désarçonne ceux qui n’y
sont pas préparés. Entre humains, il n’y a pas de lien physique plus fort que
celui de la maternité : deux êtres ont vécu en symbiose, l’un étant formé
dans le ventre de l’autre. Ce mois de juillet, le lien physique avec ma mère
s’est rompu. Elle s’est endormie dans la mort à l’âge de 96 ans.
Bien évidemment, j’ai eu un père aussi. Mais le lien
physique avec mon père s’est rompu prématurément, quand j’étais trop jeune pour
garder de lui un souvenir conscient. Le 18 juin 1940, j’avais deux ans quand sa
vie terrestre fut brutalement interrompue par sept balles de mitrailleuse. Sur
mon géniteur, j’ai beaucoup appris par son épouse qui, de multiples façons,
entretenait sa mémoire auprès de ses enfants. J’honore sa mort héroïque. Je
visite sa tombe, en Sologne. Sa photo orne mon bureau. Je la regarde souvent.
Je n’ai pas souvenir du lien physique établi avec
mon père pendant la petite enfance. La sagesse et la foi de ma mère
favorisèrent un lien mystique avec le défunt. Soixante-dix ans après la
tragédie de 1940, veillant le corps vieilli de ma mère dans une grande paix
intérieure et extérieure, j’ai compris que le lien mystique s’établissait aussi
entre ma génitrice et moi.
Depuis une quinzaine d’années, je lui rendais
visite à Lille trois ou quatre fois par an. Après avoir réglé les questions
matérielles dans lesquelles je l’assistais, nous nous entretenions de questions
spirituelles. En particulier, nous aimions échanger sur les perspectives
d’Éternité qu’ouvre la foi en Jésus ressuscité. Elle appréciait le terme de sur/vie par lequel je désigne «la
vie éternelle» dans «le Royaume de Dieu».
La séparation physique de la mort ne fut pas pour
nous objet de plainte, de pleurs ou de gémissements. En effet, nous n’avions
pas «mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement» [Première lettre de Paul aux Corinthiens, chap. 15]. Le lien entre nous s’est transformé ; il
n’a pas disparu.
Passer du lien physique au lien mystique, voilà le
sens d’un amour plus que durable, car il transcende le temps et l’espace. Pour
les chrétiens réalistes que nous sommes, la mort est une ultime mutation, la
cinquième et dernière de toute l’évolution, celle qui fait passer l’être humain
de son animalité originelle à sa divinité finale.
Je suis heureux et fier d’honorer la mémoire de
celle qui m’a appris à ne pas mettre mon espoir dans le Christ pour cette vie
seulement. Ceux qui l’ont connue et aimée ont pu constater que sa forte
espérance de la vie éternelle stimulait son courage dans les luttes terrestres.
Qu’il en soit de même pour ses amis et
descendants !
En publiant le blog de Primatin, je teste ma
capacité à exposer pour autrui une nouvelle philosophie chrétienne. On pourrait
la nommer «réalisme mystique» puisqu’elle veut concilier le
réalisme de l’évolution et la mystique de la foi.
La composante réaliste de cette philosophie, c’est une acceptation sincère de l’origine
animale de l’être humain, avec en corollaire la lutte pour la vie que cette origine entraîne naturellement.
Sans lutte vitale, pas de progrès de la vie !
La composante mystique de cette philosophie, c’est une foi raisonnée et une espérance ardente
dans la destinée divine de l’être humain. Le chrétien mène avec
Jésus-Christ uncombat pour la
sur/vie. Plus sélectif
encore que la lutte pour la vie, ce combat n’obéit pas aux mêmes règles :
« Qui veut sauver sa vie la perdra ; qui consent à perdre sa vie la
gagnera » a dit et répété Jésus.
*
Mon réalisme mystique s’enracine dans l’expérience
d’un regard proche de l’homme et de Dieu. Proche de l’homme ? Je me suis auto-expérimenté comme descendant
de primates. Voilà qui est à la portée de chacun aujourd’hui. Proche de
Dieu ? J’ai reçu la grâce de
contempler l’image visible du Dieu invisible : je rencontre
personnellement Dieu en Jésus-Christ.
Rencontre historique avec des ancêtres issus de
l’animalité ; rencontre mystique avec un Dieu issu de la féminité.
S’agissant de cette deuxième rencontre, l’adverbe personnellement n’est pas abusif, ni prétentieux. Ceux qui furent sur
terre les compagnons historiques d’un Jésus fils de Marie affirmèrent qu’ils
avaient vu, entendu, touché Dieu en cet homme. Reprendre une telle affirmation
deux mille ans plus tard, est-ce déraisonnable ? Non ! Je trouve
convaincant le témoignage des disciples de Jésus et raisonnable leur attitude.
Par leur intermédiaire, je vis moi-même l’expérience de Dieu en Jésus-Christ.
André, Jean, Pierre, Philippe, Thomas… furent des
compagnons physiques de Jésus-Christ. Sans mérite de ma part, le Ressuscité m’a
engagé dans l’équipe de ses compagnons mystiques, ceux qui proclament à travers
siècles et continents :
— Oui, Dieu est venu sur
terre. Il s’est fait homme pour se faire connaître des hommes.
[voir Jean 1,18].
Le Dieu charnellement visible dénonça le Dieu mythique
dont l’homme tirait un pouvoir. Sa corporalité glorieuse se révéla à un
théoricien légaliste. Près de Damas, Jésus soumit Saül à la dure expérience du
réel. Il en fit l’apôtre Paul.
La rencontre mystique devint chez Paul une habitude
vitale (le Christ vit en moi,
osait-il dire). Elle le libéra des règles, des mythes, des rites religieux.
Parce qu’issue d’une expérience forte et féconde, la foi paulinienne s’accorde
avec la raison expérimentale d’aujourd’hui. L’Esprit-Saint facilite la lecture
de Paul. Sa mystique de combat —luttez et courez pour gagner— surmonte efficacement les difficultés de
l’existence. Comme Paul, je lutte dans le temps, car je suis réaliste.
Simultanément, je sur/vis
dans l’Éternité, car je suis mystique.
*
Je ne vois pas pourquoi la connaissance mystique
—qui est de type expérimental— serait exclue du champ philosophique. En tant
que « science des sciences », la philosophie se doit d’analyser et de
critiquer toutes les modalités du savoir humain, sans en exclure aucune. La
mystique constitue un mode de connaissance par lequel l’être humain appréhende
ce qui reste invisible à ses yeux, invisible même quand des technologies fines
d’observation multiplient la capacité investigatrice de son regard.
Est-ce un mode de connaissance raisonnable ? Oui, si l’on veut bien le purifier des divagations
de l’imagination. Comme pour une expérience scientifique, la valeur d’une
expérience mystique se reconnaît aux fruits qu’elle porte, après enquête et
vérification. On trouve des faux mystiques comme des faux scientifiques. Cela
n’autorise pas à ridiculiser la mystique ou la science.
Dans L’esprit de l’athéisme, André Comte-Sponville décrit sans fausse honte une
expérience mystique qui lui causa un grand bonheur. Tandis qu’en rougissant de
la mystique des catholiques scient la branche sur laquelle leur Église se
tient. Certains n’abordent la question que pour citer le «délire mystique» des
psychiatres, lesquels désignent par là toute obsession à caractère religieux.
«Délire mythique» serait plus approprié, car le mythe appartient à
l’imaginaire. Mieux encore, les psychiatres pourraient forger un mot à eux,
plutôt qu’emprunter en le déformant un adjectif qu’ils ne comprennent pas.
*
Découpé en messages disparates, un blog n’est pas le
média idéal pour communiquer une philosophie. Je le conçois comme une sorte de
brouillon avant impression. Ce brouillon teste mon expression interne et sa
réception externe (jusqu’en Allemagne et aux États-Unis). Dans ma vie professionnelle,
j’ai servi le livre par le moyen de l’électronique. Je continuerai de le faire
en publiant sur écran, avant qu'un éditeur plus audacieux que les autres n'accorde au réalisme mystique une place dans son catalogue.
Chrétiens ou pas, nos contemporains ont besoin d’une
philosophie capable d’intégrer à la culture contemporaine le meilleur de la
tradition chrétienne. Où se trouve ce meilleur? Dans l’expérience évangélique de
Dieu bien sûr, pas dans des spéculations mythiques sur Dieu qui furent trop longtemps considérées comme sa Parole même.
Creusé par Thomas d’Aquin (contemporain du roi saint
Louis au treizième siècle), un puits philosophique donna tant de belle et bonne
eau à nos ancêtres chrétiens qu’il fut considéré comme susceptible de concilier
foi et raison jusqu’à la fin des temps. Je me suis abreuvé à cette source,
grâce à des professeurs qui se situaient dans la ligne d’un renouveau thomiste
(Maritain, Gilson, Gardeil…).
Je suis reconnaissant au thomisme de m’avoir converti
à un réel que ma jeunesse idéaliste ne voulait pas considérer. Soumission au
réel, voilà comment je pratique la
définition thomiste de la vérité : adaequatio intellectus et rei. Cette définition m’apparaît simple et durable. Des
philosophes contemporains l’utilisent [lire La sagesse des Modernes, page 118]. Pour l’adapter à notre époque, j’aimerais
préciser : soumission de l’intelligence au réel expérimenté.
*
Huit cents ans avant Thomas d’Aquin, le christianisme fut pensé par
Augustin, évêque d’Hippone. Traduisant pour nous le vécu de sa conversion (lire
les célèbres Confessions), sa
mystique nous inspire toujours. Mais les spéculations idéalistes de ses écrits
philosophiques s’intègrent mal dans notre culture de l’expérience.
D’autre part, huit cents ans après Thomas d’Aquin, notre soumission au réel
ne peut calquer la sienne. Car, avec les siècles, le réel change ou plutôt la
perception que l’humanité en a. Pour l’Aquinate et ses contemporains, les
origines humaines c’était Adam et Ève créés à l’image de Dieu, puis expulsés
d’Éden dans une chute dont l’humanité ne s’est pas remise (même après la venue
du Sauveur). Pour nos contemporains, les origines humaines ce sont des
descendants de primates luttant obstinément pour vivre et triomphant des autres
espèces par leur intelligence, leur volonté, leur liberté. Ils ont réussi, non chuté !
Depuis Galilée, Darwin et bien d’autres, la
connaissance par l’expérience du réel nous a éloignés des hypothèses
spéculatives dont nos vénérables aïeux se régalaient. Voilà pourquoi, 1600 ans
après Augustin, 800 ans après Thomas, il nous faut une philosophie nouvelle. À
base d’expérience, non de spéculation !!!
Changer de système philosophique tous les 800 ans,
ce ne serait pas du luxe…
*
AU COMMENCEMENT… la liberté !
Ainsi devrait s’intituler l’ouvrage imprimé qui
introduira, en priorité, le côté réaliste
de ma philosophie.
J’y dénoncerai les composantes liberticides
— du commencement mythique (au commencement, la désobéissance)
— du commencement pseudo-scientifique (au
commencement, le hasard).
Des «idéalistes mythiques» présentent encore la
lutte pour la vie comme un accident fâcheux dû au péché originel. Ceux-là ne
transformeront jamais l’humanité car, pour agir efficacement sur le réel, il
faut d’abord le connaître. La lutte vitale n’est pas un accident. C’est la
nature même de notre condition terrestre. Nous devons nous en accommoder et
y faire face.
Avec la prochaine édition du blog de Primatin
(1/8/2010), je montrerai comment leur attachement à l’idéalisme antique empêche
des Églises chrétiennes de s’insérer efficacement dans la culture contemporaine
et donc de mener —en profondeur— la nouvelle évangélisation dont elles se
réclament à grands cris.
L’obstacle que l’idéalisme mythique dresse devant
une «nouvelle évangélisation», j’ose le comparer à cette barrière que le rite
de la circoncision opposait à la première évangélisation. Si Paul de Tarse n’avait pas
courageusement lutté contre une tradition sacrée du judaïsme, l’Évangile ne se
serait pas répandu chez nous, les païens.
Je laisse mes lecteurs tirer la
conclusion qui s'impose, pour que le christianisme soit admis dans la culture expérimentale d'aujourd'hui.
Le blog de Primatin modifie sa présentation et sa périodicité
PRÉSENTATION DU BLOG
Publié chaque quinzaine, du 15 novembre 2008 au 15 mai
2010, le blog de Primatin contient 35 messages, ceci à la fin mai 2010.
Sous l’intitulé «DERNIERS MESSAGES», la colonne de
droite ne liste que les dix messages les plus récents. Pour accéder
sélectivement aux messages précédents, j’ai ajouté un nuage de tags. Il se trouve dans la colonne de gauche, sous ma
caricature.
Admirez au passage la poésie franglaise! Un
nuage de tags permet la recherche
par thème, dans tous les messages publiés sur un blog. Pointez votre curseur
sur le thème qui vous intéresse, par
exemple hasard. Mon blog vous
indique que (au 30 mai 2010) 3
messages sont en rapport avec ce thème. En double-cliquant sur hasard, vous obtenez l’intégralité des trois messages.
Si vous pointez sur un thème plus précis comme liberté
dans l’évolution, vous trouvez (pour
l’instant) 1 message ainsi taggé. Tandis
que vous trouvez 5 messages taggés liberté. Cinq messages dans leur intégralité, ce peut être beaucoup à lire… Si
vous souhaitez une recherche pointue, qui couvre tous les textes parus, tapez
«liberté» dans la case «Rechercher» (située en-dessous du nuage). Puis cliquez
sur «Rechercher». Canalblog vous fournira des extraits de tous les messages
contenant le mot liberté (en tag
ou à l’intérieur du texte). Le contexte fourni vous permet de choisir les
messages qui correspondent à votre recherche. (Si des publicités
apparaissent, négligez-les ! Les réponses à votre question sont signalées
par ma caricature.)
*
Si un thème n’apparaît pas dans le nuage de tags, vous pouvez aussi —dans la case
«Rechercher»— taper un ou plusieurs mots de votre choix (le logiciel
présente parfois des suggestions).
Exemple : vous désirez savoir si mon
blog mentionne Paul de Tarse (et son rapport avec l’évolution). Vous tapez
«Paul de Tarse» dans la case prévue pour cela et vous cliquez «Rechercher». Des
extraits de quatre messages apparaissent.
*
Si vous voulez lire tous les textes parus depuis la
création du blog, cliquez sur Retour à l’accueil
(ou simplement Accueil dans certaines
configurations). Le premier message —intitulé Bienvenue—s’affichera
sur votre écran. Consultez-le : ce message et le suivant proposent
des premiers parents plus vraisemblables que les aristocrates déchus célébrés
par nos aïeux. Les primates promus découverts depuis Charles Darwin, je les ai nommés Primatin et Primatine.
La fonction Retour à l’accueil
déroule mes vingt premiers messages (du 15/11/2008 au 30/11/2009). Quand on est
parvenu au bout du rouleau, les messages ultérieurs sont obtenus en cliquant Page suivante »
*
Je recommande aux dénonciateurs la lecture
séquentielle et intégrale du blog de Primatin, afin qu’ils pointent mes
hérésies sans en manquer une seule. Aux gardiens du temple qui sclérosent la
vérité, je tiens à faire remarquer que —malgré son conservatisme—
le bon pape Jean-Paul (deuxième du nom) encourageait une recherche non-conformiste
de la vérité, vérité définie comme « adéquation de l’intelligence à la
réalité objective ». Au paragraphe 56 de son encyclique la foi et la
raison, Jean-Paul II
écrivit :
— il faut ne pas perdre la
passion pour la vérité ultime et l’ardeur pour la recherche, unies à l’audace
pour découvrir de nouvelles voies.
Primatin et Primatine —mes héros
conceptuels— s’inscrivent avec audace dans le cadre de nouvelles voies. Par leur adéquation à la réalité objective, ils personnifient l'expérience
moderne des origines humaines.
Nos ancêtres
prétendaient connaître la vérité à travers des spéculations scientifiques ou théologiques, mais la spéculation la plus savante ou la plus pieuse ne leur donnait qu'une vision lointaine du réel. Le christianisme entretient cette vision lointaine, dans la mesure où il reste plombé par une tradition religieuse de type spéculatif. Souvent, nos théologiens utilisent les
textes sacrés de l'Antiquité comme un refuge qui leur évite de se compromettre avec les réalités dans lesquelles
nous vivons. Ainsi, par exemple, ils pantouflent dans les mythes de l'Eden et de la Chute, sans chercher une
interprétation chrétienne de l'évolution.
La proximité du réel ne peut être obtenue par la spéculation; elle est donnée par l'expérience. Une connaissance expérimentale de l'homme nous est offerte par les sciences. Une connaissance expérimentale de Dieu nous est proposée par les évangiles.
PÉRIODICITÉ DU BLOG
Désirant consacrer plus de temps à l’édition
imprimée de mon travail philosophique, je publierai sur le blog de Primatin un
message par mois, ceci à compter du présent message qui est daté premier juin
2010.
À mes lecteurs réguliers, je donne rendez-vous le
premier juillet.
À mes lecteurs occasionnels, je recommande d’utiliser
les facilités introduites aujourd’hui et expliquées ci-dessus. Ils découvriront quelques réflexions de bon sens qui leur ont échappé…
Que tous n’hésitent pas à m’interpeller, soit en
cliquant Contactez l’auteur, soit par le
biais du formulaire «Commentaires» situé en fin de message. Non publiés, les
commentaires restent entre vous et moi.
Entre primates promus, pas de manières! N'hésitez pas à signaler ce blog à vos amis et connaissances…
Si
j’examine de près les événements de ma vie comme ceux qui ont marqué la vie
d’autres personnes, je constate la prédominance des situations de libre choix,
soit dans la façon dont nous avons provoqué ce qui relevait de notre décision
personnelle, soit dans notre façon de réagir à ce qui nous était imposé de
l’extérieur. Des psychologues prétendent que l’impression de liberté est
subjective : dans des situations objectivement semblables, les uns se
sentiraient libres, les autres non. Je dirais plutôt que chaque humain est
appelé à conquérir sa liberté psychique. Celle-ci me semble associée au courage
d’assumer la responsabilité de ses actes, alors qu’il est plus facile de
s’auto-excuser : « je suis non-responsable, car non-libre ».
En
revoyant diverses situations dans lesquelles j’ai choisi de m’engager, je
n’aperçois ni décret divin, ni destin fatal, ni incertitude hasardeuse. C’était
à moi de détecter les occasions favorables, de les utiliser intelligemment,
tandis que par expérience (dont quelques échecs) j’apprenais à éviter les
pièges. Indépendant du hasard, je ne me considère pas comme dépendant d’un dieu.
Je crois en Dieu qui croit en mon humanité. Entre nous s’établit un partenariat
d’estime mutuelle : il fait confiance à ma liberté ; j’ai confiance
en son soutien.
Dieu
ne pilote pas mon évolution, pas plus qu’il n’a dirigé celle des premiers
humains. Mes premiers parents et moi, nous sommes responsables de nos réussites
comme de nos échecs.
*
Dans
la lutte pour la vie, sélection du plus apte, écrivit Charles Darwin. Encore
faut-il que «les plus aptes» mettent leurs talents naturels au service de la
vie. C’est leur liberté qui en décide. Ce n’est ni Dieu, ni Maître Hasard.
Semblable
à la nôtre, la liberté des premiers humains ne provoqua ni abus, ni échec. De
leur propre initiative, ces primates talentueux sortirent du grégarisme animal,
effectuant un saut qualitatif qui les rendit conscients de leur autonomie.
L’affirmation selon laquelle nos premiers parents auraient abusé de leur
liberté en se dressant contre Dieu contredit l’auto-connaissance que nous nous sommes
acquise. Des prélats qui se prélassent dans une vallée antique s’accrochent à
des arguments issus d’un passé mythique et lointain. Pour apporter le salut à
l’humanité, ils devront la regarder de plus près. Même comme symbole, je ne
reconnais pas mes ancêtres dans leur premier couple mythique. Expulsés de
l’Éden, comment ces aristocrates déchus eussent-ils survécu, impréparés qu’ils
furent aux luttes de la vie ?
La
vision proche que donne l’expérience du réel me suggère un couple primitif très
différent du couple édénique. Ils sont rompus aux luttes de la vie :
Primatin est le premier self-made man ; Primatine, la première self-made
woman. Ces
primates évolués se sont auto-promus à l’humanité. Au dix-septième siècle,
Spinoza craignait de nier Dieu en disant l’homme « cause de
lui-même ». Thées ou athées de demain, nous qui avons découvert
l’évolution du vivant, nous qui explorons sans peur ce chemin de proximité avec
nous-mêmes, soyons fiers d’affirmer :
L’humanité est
issue de sa propre liberté.
Par,
avec, en Jésus-Christ, je connais l’Éternel de près. Il n’est pas fasciste. Il
ne prend pas ombrage de notre autonomie originelle. Il se réjouit quand nous
découvrons toujours plus l’étendue de notre liberté et de notre responsabilité.
*
L’ultime
triomphe de la paléo-anthropologie consisterait à découvrir les restes d’un ou
plusieurs couples possédant notre génome et susceptibles d’avoir engendré toute
l’humanité. Je n’attendrai pas un triomphe que je juge peu probable. Afin
d’affirmer notre liberté originelle, j’invente des premiers parents vraisemblables, chargés de rendre ma thèse
plus facilement assimilable. Le philosophe Gilles Deleuze (1925-1995) a montré
le rôle que jouent des personnagesconceptuels dans le développement des cultures humaines. Ils
illustrent une thèse, une doctrine, une valeur morale : Primatin et
Primatine sont des personnages conceptuels. Avec eux, je personnifie
l’autonomie responsable assumée par nos premiers parents.
Une
lectrice avisée m’objecte que nous avons déjà — avec Adam et Ève —
des personnages conceptuels doués de liberté. Certes ! Mais, selon la
Bible, Adam et Ève régressent dans une chute que l’expérience dément. Cette
chute nous est devenue inacceptable. Aux origines de l’humanité, il nous faut
des gagneurs, des gens qui réussissent dans la vie. Sans quoi nous ne serions
pas sur terre !
En
dépit du mépris qu’ils m’inspirent, je n’élimine pas les aristocrates déchus.
Cela pour trois raisons principales.
1- J’honore
un mythe qui a influencé la culture occidentale.
2- Je
marque un contraste : Adam et Ève incarnent une vision lointaine, antique,
spéculative ; Primatin et Primatine incarnent une vision proche, moderne,
expérimentale. Je donne à la vision proche ma préférence personnelle. Je garde
la vision lointaine en arrière-plan.
3- Avec
le couple édénique et son «péché», je mettrai en valeur la responsabilité
humaine menacée par Maître Hasard.
On
pourrait ajouter un quatrième motif : éviter l’inceste originel.
La plus grande proximité qui puisse exister entre
humanité et divinité s’est trouvée réalisée lorsqu’une femme a donné son ventre
pour que Dieu y reçoive un corps d’homme. Cette «prise de chair», cette incarnation a rendu Dieu physiquement semblable à nous. Quand on
considère que Dieu s’est fait descendant de primates, le mythe de l’homme créé
à l’image de Dieu apparaît bien dépassé…
Apprenons à chanter l’hymne que l’apôtre Paul
partageait par lettre avec les chrétiens de la ville de Philippes (garnison
romaine de la Macédoine antique) :
Jésus qui était de
condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu ;
mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave, devenant semblable
aux hommes…
Si Dieu est «descendu » vers l’homme, c’est pour
que l’homme «monte» vers lui. Par sa Résurrection, le Christ a glorifié le
corps humain ; il lui a permis d’atteindre une plénitude de vie, une sur/vie non limitée par l’espace
et le temps, une vie aussi éternelle que celle de Dieu.
L’humanité a donné un corps à Dieu. En retour, Dieu
donne son corps aux humains. Il le donne sous forme de pain, le pain de la
Vie :
—Je suis le pain vivant
qui est descendu du ciel ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement
[évangile de Jean, chapitre 6].
Il n’y a de foi chrétienne que dans l’intimité avec
Dieu, à laquelle les chrétiens sont appelés dans et par le Christ. La
découverte de l’évolution ne diminue pas cette foi. Pour le croyant que je suis, l'évolution rend l’intimité avec
Dieu plus réaliste et plus intense dans la mesure où elle écarte la vision
imaginaire, lointaine, spéculative du Dieu créateur d’Adam et Ève.
À la culture expérimentale d’aujourd’hui, il faut que
nous fassions correspondre un christianisme expérimental, un Évangile vécu dans le monde réel. On rangera
les mythes d’antan dans un beau musée, où les amateurs d’enchantement religieux
iront les admirer tout à loisir.
En tant que chrétien, la disparition probable d’un
Dieu causal ou «bouche-trou» ne m’inquiète pas; elle me
réjouirait plutôt. Je ne méprise pas la vision lointaine de Dieu, telle qu’elle
fut enseignée à nos aïeux. D’ailleurs, les plus humbles d’entre eux connurent
la grâce de voir Dieu de près, dans une rencontre mystique qui court-circuitait
les discours complexes de savants théologiens.
Chez les gens instruits d’antan, le Dieu causal tenait
une place essentielle à la compréhension de l’ordre du monde. Jusqu’au dix-neuvième
siècle de l’ère chrétienne, la thèse de la création en Éden ne fut sérieusement
contredite par aucune expérience accessible à l'humanité. Le Dieu
spéculatif convenait à une culture spéculative.
Mais, dans une culture de l’expérience, ce Dieu
devient une absurdité pour les non-croyants, un simple mythe pour les croyants.
Des mythes peuvent alimenter la ferveur religieuse. Ils ne peuvent soutenir la
foi au sens fort du terme, c’est-à-dire la confiance et l’amour que l’on voue à
une personne reconnue dans le concret de son existence. Pour que cette personne
existe réellement aux yeux du public, elle doit se rendre observable,
elle doit se faire authentifier par des témoins honnêtes et sensés. Ainsi se propagent les
nouvelles: nous ne constatons pas nous-mêmes tous les événements du
monde; nous ne rencontrons pas nous-mêmes tous les personnages qui font
l’histoire. Des journalistes crédibles observent et rencontrent pour nous.
L’originalité du christianisme consiste à
déclarer: «Dieu est devenu homme pour mieux se faire connaître des
hommes, pour susciter leur foi en se livrant à leur expérience sensible, à leur
regard, à leur audition, à leur toucher.» L’expérience de Dieu en
Jésus-Christ constitue le cœur du message évangélique. C’est ainsi que saint
Jean déclare au début de sa première lettre:
— Ce qui était depuis le
commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons contemplé de nos
yeux, ce que nous avons vu et que nos mains ont touché, c’est le Verbe, la
Parole de la vie.
*
Mon Dieu est un Aimant qui suscite ma foi, non un
magicien qui me dicte sa loi. Il est devant moi pour m’attirer, non derrière
moi pour me surveiller. Il est mon avenir, non mon origine. Il est la finalité que
je choisis pour mon évolution
personnelle d’homme, non la causalité nécessaire de l’évolution des espèces.
Comment puis-je parler de Dieu avec une telle
assurance ? Parce que je l’expérimente en Jésus-Christ, comme des témoins
en qui je me fie l’ont expérimenté voici deux mille ans. La grâce de la foi
chrétienne, c’est de renouveler mystiquement l’expérience sensible de Dieu
(vue, ouïe, toucher), une expérience que les compagnons physiques de Jésus nous
ont communiquée avec courage, clarté et conviction.
Tel que des religions disciplinaires continuent de le
célébrer, le Dieu Créateur Tout-Puissant m’apparaît comme le fruit
tri-millénaired’une pieuse
spéculation, visant à faire de l’Autorité divine le fondement indiscutable d’un
ordre tribal. Tandis qu’au gré de leur imagination féconde, la plupart des
nations humaines se donnaient des dieux multiples, un peuple issu de
Mésopotamie et d’Égypte se démarqua de ses voisins en se rangeant sous la
bannière d’un Dieu unique, protecteur exigeant des siens et juge sévère des
autres (les idolâtres, les païens…).
Élaboré à l’usage du peuple hébreu, le récit
biblique de la Création s’est répandu ensuite, à la faveur d’une religion
universelle qui s’en empara et qui l’établit comme «texte fondateur». Dans la
Méditerranée et au-delà, l’hypothèse de «l’homme créé à l’image de Dieu» fut
bien acceptée, car elle s’accordait avec les spéculations idéalistes de la
Grèce antique. Écoutons par exemple le discours de Platon, célèbre philosophe
athénien (428-347 av. J.-C.) :
« L’éternel créa le monde ; et quand
cette image des êtres intelligibles eut commencé à vivre et à se mouvoir, Dieu,
content de son ouvrage, voulut le rendre plus semblable encore au modèle, et
lui donner quelque chose de cette nature impérissable. »
Aux lecteurs de mon blog, je suggère de comparer cette
phrase de Platon avec les premières pages de la Bible. Elles furent mises par
écrit cinq cents ans avant Jésus-Christ, et non révélées à Moïse comme on l’a
longtemps prétendu. Depuis ce temps, la spéculation biblico-platonicienne a
traversé les siècles. Aujourd’hui encore, des pseudo-chrétiens s'égarent dans un idéalisme mythique issu de La Genèse et contraire aux évangiles. Au lieu d’observer de près
le réel, le réel de l’homme et le réel de Dieu, ils se complaisent dans le flou
artistique d’une vision lointaine. De type archéologique, leur religion célèbre
les théories et les mythes de l’antiquité pré-chrétienne (rappelons que les
mythes religieux avaient pour rôle d’expliquer le monde, quand l’humanité ne
pouvait le connaître par sa propre expérience).
Pourquoi tant de chrétiens révèrent-ils comme «parole
de Dieu» le fruit de l’imagination dévote de leurs lointains ancêtres ? Au
mieux, l’on pourrait dire de la Création biblique qu’elle fut inspirée jadis
par «la divinité», divinité soucieuse de satisfaire le besoin qu’avaient les
hommes de se trouver une origine afin de se fixer aussi une fin, un but, un
objectif qui donnerait sens à leur vie. Spéculatif à la mode antique, le mythe
de la Création en Éden fournissait une réponse au besoin vital de nos ancêtres.
Pendant trois millénaires, ce mythe les aida à vivre, par-delà les
automatismes de l’instinct naturel. On peut admirer les œuvres d’art
que l’Éden a suscitées, tel le plafond romain de la chapelle Sixtine. Ce
plafond fut restauré grâce au mécénat de la télévision japonaise et l’on voit
partout maintenant un Dieu barbu tendant la main à un éphèbe imberbe. Le mythe
de l’Éden a pris valeur mondiale…
Valeur mondiale ? Oui ! Mais seulement en
tant que mythe appartenant à ce riche folklore religieux que des journaux
spécialisés inventorient et dont les touristes sont friands, qu’ils soient
thées ou athées. Un mythe de cette sorte ne peut nourrir la foi d’un croyant
moderne cherchant un Dieu proche de lui, un Dieu d’expérience pour l’homme
d’expérience qu’il est devenu.
Trois millénaires après Platon, l’humanité progresse
dans la vie grâce à ses connaissances expérimentales. Capable de remonter
jusqu’à ses origines, elle se sait issue des primates plutôt que fabriquée de toutes pièces en
Éden. Peut-elle trouver un Dieu aussi proche qu’elle l’est maintenant
d’elle-même ? Oui, si elle renonce à spéculer sur l’existence et sur l'agir de ce Dieu
comme elle a renoncé à spéculer sur l’existence et sur l'agir d’elle-même.
Aujourd’hui, nous atteignons par l’expérience la vérité
sur nous-mêmes. C’est aussi par l’expérience que nous atteindrons la vérité sur
Dieu.
L’être humain est le seul animal qui s’observe lui-même, qui peut comprendre son
propre fonctionnement et ainsi l’améliorer consciemment. Je ne parle pas
seulement d’une amélioration physique par la médecine ou par le sport. Je parle
surtout d’amélioration culturelle par la connaissance expérimentale, morale par
l’éthique personnelle et sociale, spirituelle par l’accès à une transcendance.
Une grande liberté d’initiative caractérise l’évolution
de la vie sur terre. Cette liberté culmine en l’homme, à tel point que l’on
peut aujourd’hui affirmer fièrement: «L’homme est la cause de lui-même».
Liberté et responsabilité vont de pair. Sur ce que nous faisons de nos personnes, nous endossons une responsabilité proportionnelle à l'étendue de notre liberté.
Connais-toi toi même, recommandait la sagesse grecque. Pour faire face à la responsabilité sur moi-même, il est souhaitable que je connaisse de près le moi dont j’ai
la charge. Se contenter des mythes explicatifs de l’antiquité, se limiter à la
formulation idéaliste d’une vision lointaine de soi (aussi belle qu'un sommet
vu de la vallée), voilà qui n’aide pas l’homme et la
femme d’aujourd’hui à affiner leur conduite, à améliorer la gouvernance d’eux-mêmes.
Mais peu importe estiment les garants de la discipline tribale, religieuse ou politique. Nos sujets n'ont pas besoin d'auto-gouvernance. Qu'ils abandonnent leur autonomie entre nos mains! Qu'ils se contentent d'obéir aux règles que nous dictons!
Si je veux conduire mon propre véhicule, il faut que je le connaisse bien. Si je veux gouverner ma propre vie, il me faut chercher la connaissance de moi-même, observer mes réactions et en tirer leçon. Par exemple, si la nature m’a doté d’un tempérament colérique
(merci, c’est utile dans la vie !), j’apprendrai sagement à analyser les
enchaînements qui m’entraînent parfois dans une rage non maîtrisée, injustement
hostile à mon prochain. Petit à petit, je parviendrai à pacifier ma
personne et mon comportement social, sans renoncer aux valeurs que je défends âprement. Cette «agressivité pacifique» sera ma
modeste contribution à la paix du monde…
*
La filiation animale contribue à expliquer nos comportements spontanés,
nos automatismes instinctifs. Il me semble lâche de refuser cette filiation, au
motif d’une tradition religieuse. Aucune vertu solide ne se construit sur
l’ignorance peureuse de la réalité. S’il a le souci de la vérité (adéquation
de l’intelligence au réel, disait
Thomas d’Aquin), l’être humain d’aujourd’hui assume le fait qu’il apparut sur
terre en descendant de primates, non en image de Dieu. Récemment acquis, ce
fait oblige le croyant comme le
non-croyant.
Apprenons donc à connaître nos instincts pour nous
rendre capables de les dépasser! De l’animalité, nous héritons les gènes qui
servent le dynamisme vital de notre espèce. Pour que nous conservions et
développions notre patrimoine naturel, un automatisme instinctif régit la
plupart de nos actes. Il se manifeste selon trois axes :
— Consommation. Je cherche spontanément nourriture et boisson. Par
l’usage du sexe, j’assure la continuité de ma tribu. Je désire posséder les biens qui garantiront ma vie et celle de ma
famille.
— Protection. La mère met ses petits à l’abri du danger. Pour
garantir la cohésion de leur matrice sociale, les humains codifient des usages,
établissent des lois. Les structures collectives demandent des chefs qui
sachent exercer une domination
protectrice.
— Auto-défense. Une méfiance spontanée me fait voir comme dangereux
tout être différent de moi, toute personne étrangère au cercle de mes
relations. Pour me défendre, moi et mon groupe, je trouve prudent d’exclure.
Consommer/Posséder, Protéger/Dominer, Se
Défendre/Exclure, voilà des couples motivants sans lesquels une espèce animale
ne survivrait pas (humains inclus). Satisfaire l’instinct s’accompagne de
plaisir (ou libido), un stimulant
essentiel à la conservation et au développement de la vie. Mû par l’instinct,
mais aussi doué d’une conscience réflexive (il est un objet de sa propre
pensée), le primate évolué que je suis fait une double proposition :
— L’instinct
est bon s’il reste orienté vers l’objectif que lui fixa la nature, c’est-à-dire
la conservation et le développement de la vie.
— L’instinct
se pervertit lorsqu’il met la vie en danger, la mienne ou celle d’autrui.
*
L’orgueil
stupide, l’ambition maladroite,
l’égoïsme obsessionnel, le narcissisme maladif pervertissent en l’homme les
instincts naturels. Ce que l’animal utilise pour sa survie, il le met trop
souvent au service de la mort.
La lutte pour la vie, source de progrès,
est déformée en lutte contre la vie, source de déchéance. L’excès de
nourriture, l’alcool, le tabac, la drogue ne servent plus la santé du corps,
mais la ruinent. L’instinct possessif devient accaparement au détriment
d’autrui. Le désir de l’argent dépasse ce qui serait nécessaire. L’être humain
en position d’autorité domine et exploite ses semblables. Pour protéger sa
tribu, le chef abuse de son pouvoir. Pour éloigner mes ennemis ou mes rivaux je
les supprime, mentalement si des lois m’interdisent de passer à l’acte.
L’instinct de survie se mue en un désir
effréné de consommation. L’instinct de protection se fait tyrannie du bien.
L’instinct de méfiance se fourvoie dans le racisme, l’exclusion, le meurtre. Il
faut surveiller nos instincts, limiter leur emprise sur nos attitudes et nos
actes. Maîtriser la libido
sexuelle bien sûr, mais contrôler aussi la libido dominandi (je dois cette expression à saint Augustin). La
«libido dominandi», c’est le plaisir de dominer autrui. Il se cache parfois
derrière vertu et dévouement.
«Qu’est-ce
qui ne va pas dans le monde?» demandait un journaliste à Mère Teresa. «Vous et
moi» répondit-elle.
Voilà
une vision très proche de l’humanité et de ses problèmes. Pour chacun, le défi du mal consiste à le combattre d’abord
en soi.
—————————
à lire le 30 mars 2010 dans le blog de Primatin : le divin proche…
Le message précédent illustrait la
vision lointaine de l’homme en prenant comme exemple l’état des connaissances
médicales avant l’essor récent des sciences expérimentales.
Voici une centaine d’années, nos
ancêtres ne disposaient pas des instruments par lesquels l’électronique met au
service de la biologie sa capacité à observer les moindres détails. La médecine
moderne pénètre l’anatomie jusqu’au niveau des cellules vivantes. Certes, la
médecine traditionnelle (usage des plantes, par exemple) obtient quelques
guérisons. Dans les cas bénins, on peut continuer à s’en servir. En revanche,
dans les cas graves, mieux vaut s’en remettre à l’efficacité salvatrice d’une
médecine scientifique.
De même que la médecine antique
s’efforçait d’entretenir l’harmonie globale du corps humain tout en restant
dans l’ignorance de son intimité cellulaire, de même les religions antiques
honoraient leurs divinités de loin, sans les rencontrer autrement que par
l’imagination. Les dévotions de nos ancêtres ne correspondaient qu’à de pieux
fantasmes socialement entretenus pour le bon ordre de la tribu.
Pas plus que le polythéisme, le
monothéisme primitif n’a rapproché l’homme de la réalité divine. Dans le
judaïsme, il ne fallait ni nommer Dieu, ni prétendre le voir, encore moins le
toucher. On admirait le Tout-Puissant de loin. Et surtout, il fallait obéir à
ses lois pour ne pas déclencher sa colère.
Obéir à Dieu ? En fait, obéir à
des chefs terrestres, mandataires supposés de la céleste autorité. Avec la
royauté d’ordre divin, la France a perpétué jusqu’au dix-neuvième siècle la
tradition multi-séculaire des religions disciplinaires. Et l’islam maintient
une antique tyrannie politico-religieuse dans les pays où règne encore la
charia.
Pour des esprits attardés dans d'anciennes cultures, le Dieu lointain du monothéisme primitif
subsiste aujourd’hui comme un concept explicatif et normatif. Concept
explicatif? Celui du dieu bouche-trou : il fallait un dieu pour créer le
monde. Concept normatif ? Celui du dieu gendarme : un législateur
indiscutable fait régner l’ordre dans la tribu.
Certes, la vision lointaine de Dieu
a domestiqué l’humanité. Elle a contribué à civiliser des peuples «barbares».
Elle a unifié des nations et leur a permis de survivre. C’était une étape
importante dans l’évolution des collectivités humaines.
Mais cette vision lointaine n’a pas
servi l’être humain dans sa dignité et sa justice personnelles. Elle n’a pas
fait la promotion d’une humanité libre ; elle n’a pas affranchi l’individu
de ses instincts et de ses peurs.
On peut déplorer qu’en nos temps de
vision proche la vision lointaine d’un Dieu Tout-Puissant auquel il convient
d’obéir reste majoritaire dans deux grandes religions monothéistes, l’islam et
le catholicisme.
Représentons-nous la médecine des siècles passés. Elle
n'avait à sa disposition aucun des instruments qui nous permettent aujourd’hui
d’explorer en détail l’intérieur de notre corps.
Certaines médecines ont accumulé au cours des siècles
un grand savoir intuitif ou expérimental, par exemple sur le rôle que jouent
des plantes dans notre équilibre alimentaire. Cependant, leur capacité
d’intervention se limite à leur capacité d’observation. Elles ne voient pas le
corps humain de près, au niveau des cellules. Elles le voient de façon
«lointaine». Ce sont des médecines dites «traditionnelles».
Une vision de loin conserve son intérêt, si on ne lui
donne pas la priorité. Donner priorité aux visions lointaines, c’est nuire au
progrès de la connaissance, progrès qui est le fruit des visions rapprochées.
Et, sans connaissance précise, pas d’action correctrice possible.
Exemple : pour éliminer des cellules cancéreuses, il faut les repérer
précisément et le plus tôt possible.
Grâce à la vision de près, la médecine a beaucoup
progressé, d’où son prestige. Au contraire, deux domaines importants des
cultures humaines — la religion et la politique — restent
paresseusement liés à des visions de loin, parfois de très loin. Le flou des campagnes
électorales montre que, pour être porté au pouvoir, il suffit souvent d’une vue
globale et distante des problèmes. Quant à la religion, elle fait peu de cas
des connaissances récentes, celles obtenues par la vision de près.
La religion connaît l’homme à travers des mythes très
anciens. Le plus célèbre est celui de « l’homme créé à l’image de
Dieu ». L’inventeur ou les inventeurs de cette formule magique vécurent
voici 2 500 ans, en plein idéalisme antique. Définir un être que l’on voit
par référence à un être que l’on ne voit pas… quelle curieuse idée! C’est
l’anti-expérience portée à son plus haut degré!
[La vision de près que proposent les évangiles donnent
au chrétien une vision de lui-même plus concrètement « dignifiante »
que celle de La Genèse. Cependant,
c’est toujours le slogan mythique et magique de « l’homme créé à l’image
de Dieu » que mettent en avant la plupart des orateurs religieux.]
La politique électorale connaît l’homme à travers les
promesses démagogiques qu’elle lui fait. Les lendemains qui chantent… drogue pour des citoyens passifs, que l’on fait
rêver et qui se laissent berner. Il me faudrait du temps pour montrer combien
une idéologie partisane peut éloigner les politiciens de celles et de ceux dont
ils devraient être proches. Je n’ai pas ce temps, car je suis aujourd’hui —à
mon niveau local— en pleine lutte contre l’intoxication politicienne.
Je me limiterai donc au politicien chevronné que j’ai
à contester. Son aptitude à prêcher généreusement de belles généralités me
donne envie de le promouvoir à la tête d’une Église plutôt qu’à la tête d’un
Conseil Régional. Adepte de la vision de loin, cet orateur toujours souriant ferait
merveille dans un habit papal. De plus, il se prénomme Jean-Paul…
-------------------
Après avoir critiqué les visions lointaines de l’homme, j’évoquerai
(dans quinze jours) les visions lointaines de Dieu. Nous passerons ensuite aux
visions « proches ». De l’homme et de Dieu.
La vision lointaine est un héritage de
l’antiquité
Nos aïeux ne possédaient pas les techniques qui
permettent à la science moderne de voir le cosmos, la terre, la vie, de près. Ils voyaient tout cela de loin ; ils jugeaient
sur les apparences. Ainsi, pour les astres, ils ont imaginé la terre au centre
de l’univers et le ciel comme une voûte sphérique où s’accrochent les étoiles.
C’était un regard spéculatif posé
sur ce qui dépassait leur connaissance expérimentale.
Nombre de nos contemporains —philosophes
inclus— conservent le regard distant de leurs ancêtres. Leur vision
globale du cosmos et de l’humanité les fait vivre par la pensée dans un monde
idéal, un monde qui néglige les détails contradictoires ou gênants propres à
toute réalité. Formant la base de disciplines religieuses ou politiques, des
idéologies thées ou athées sont le produit pervers de cette vision de loin. Les
théories idéalistes ont fait le lit du fascisme. Ces tyrannies du Bien ont cultivé le mythe récurrent du bonheur
collectif à venir, tandis qu’elles interdisaient dans le présent les joies légitimes et modestes de la
liberté individuelle.
Quand le monde est ordonné par un dieu, piloté par le
destin, gouverné par l’idéologie ou la publicité, le collectivisme au pouvoir
utilise leurres et mirages pour imposer à l’individu sa vision mythique du futur. Mais, rebelles à toute illusion fascisante, les gens qui font avancer l’humanité sont ceux qui osent regarder le
réel en face et de près, le réel d’eux-mêmes, le réel de ceux qu’ils rencontrent, le réel social et politique. L’être
personnellement épris de liberté fait face chaque jour à son propre chaos, à celui
de la nature qui l’entoure, à celui de la société qui l'encadre. Voir de près, c’est expérimenter sans complexe le chaos de la réalité; c’est
prendre jour après jour les initiatives nécessaires pour que soi-même et toute
l’humanité progressent au milieu du désordre.
Si nous sommes croyants, remercions Dieu de l'immense liberté qu'il laisse à la nature et à l'humanité. De la part de ceux qui l'affrontent librement, le désordre suscite des initiatives intelligentes et courageuses. Tandis que l’ordre engendre une passivité stupide et lâche:
— Pourquoi se tourmenter, quand il est si simple d’obéir?
Depuis le végétal jusqu'à l’humain, c’est l’initiative des
individus les plus doués qui a permis la variété des espèces, le perfectionnement de la vie, l'évolution culturelle de l'humanité. L’autonomie de la nature est
grande et j’ose suggérer qu’une certaine forme de liberté existe déjà au
niveau du minéral. Aperçu de loin, un haut sommet montagneux présente la
majesté d’un ensemble compact de roche et de glace, qu'un sculpteur divin aurait patiemment façonné. Sous le pied du
grimpeur, ce n'est souvent qu'un amas instable, dans lequel chaque caillou serait libre de choir ou de rester accroché aux autres. Le
contraste entre vision de loin et vision de près m’a inspiré un récit
allégorique:
Paul de Tarse né Shaoul —l’apôtre Paul pour les
chrétiens, l’Apôtre tout court pour saint Augustin— développa pour son plus
grand bien personnel et pour l’autonomie du christianisme débutant un syndrome
que je nomme ANAR (Anti Norm-And-Regulation syndrome). Il préfigura une longue évolution culturelle de
l’humanité, celle qui nous fait sortir du carcan religieux selon le processus
de «sécularisation» que les chefs dévots (des veaux?) abhorrent.
Brillant étudiant en théologie, idolâtre des textes
sacrés et des lois religieuses, Shaoul avait refusé de voir en Jésus autre
chose qu’un aventurier stupide, un imposteur s’insurgeant contre l’ordre
établi, un traître mettant en danger la nation dont il était issu. Il
pourchassait les disciples de ce Jésus afin de les mettre en prison et de faire
disparaître leur mouvement réformateur.
«Plus que les autres» Shaoul
«défendait avec une ardeur jalouse les traditions de ses pères» [extrait
de sa lettre aux Galates]. Il déployait un zèle
extrême. Il approuva la lapidation d’un certain Étienne qui, selon les stricts
critères de la loi juive, se rendait coupable d’un blasphème public. Shaoul
agissait avec l’intransigeance des talibans d’aujourd’hui.
Soudain, dans Jérusalem occupée par les Romains, court
une nouvelle invraisemblable: l’intégriste se serait converti! À la suite d’une
vision, il aurait rejoint ceux qu’il persécutait. «L’homme qui nous
persécutait naguère annonce aujourd’hui la foi qu’il cherchait à
détruire», dit-on chez les disciples de Jésus.
Ceux qu’il persécutait? En lui apparaissant,
c’est Jésus lui-même qui se déclare persécuté par lui. Cette expérience devient
la base de la mystique vécue et enseignée par le converti: «Ce
n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi» [toujours
dans la lettre aux Galates].
Autre expérience vécue et transmise par Paul:
celle de la liberté qu’apporte la foi en Jésus-Christ. Il exhorte les chrétiens galates à ne pas retomber sous l’esclavage des règles et des normes de la
religion juive :
— Si le Christ nous a
libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. Alors tenez bon, et ne
reprenez pas les chaînes de votre ancien esclavage.
L’ancien esclavage, c’est la circoncision obligatoire,
le shabbat contraignant, l’interdiction du porc, l’ensemble des règles
collectives qui asservissaient l’individu à sa tribu religieuse. Ces règles
étaient provisoires. Le Christ nous en a libérés en les désacralisant, en
montrant qu’elles ne venaient pas de Dieu, qu’elles étaient seulement une
discipline humaine.
Dans un livre intitulé Le désenchantement du monde, le philosophe et sociologue Marcel Gauchet définit
le christianisme comme «la religion de la sortie de la religion». À cette
définition, il manque le mot «foi» plus essentiel au christianisme que le terme
«religion». Paul de Tarse —le fondamentaliste converti— aurait pu définir son
christianisme comme: «la foi qui fait sortir de la religion».
Le message évangélique devrait libérer celui qui y
adhère du scrupule et de la contrainte religieuse. Il faut du courage pour choisir
la liberté, quand la vie dans un cadre pré-déterminé serait plus confortable. Être
un chrétien libéré, tu sais, c’est pas si facile…
Noël marque le début d’une rupture d’avec les religions tribales. Pour les gardiens du temple, pour les
miliciens du sacré, Jésus fut un objet de scandale, un blasphémateur, un
traître. En effet, assurant l’évolution culturelle de l’humanité primitive, les religions avaient, au nom de leurs dieux, joué un rôle organisateur et
civilisateur que le Dieu incarné (celui que les chrétiens fêtent à Noël) refusa
catégoriquement d’assumer. Lisez ses déclarations anarchiques, rapportées dans les évangiles! J’en extrais une citation bien
connue, mais peu suivie: Mon Royaume n’est pas de ce monde.
Par analogie avec la domestication de l’animal —telle que nous la pratiquons depuis dix mille ans— on pourrait dire que les religions antiques cherchaient à domestiquer
l’homme "sauvage". L'aspect disciplinaire est resté dominant dans le monothéisme, qu'il s'agisse de la résignation catholique ou de la soumission
islamique. Au catéchisme papal comme dans les écoles coraniques, on
domestique les enfants turbulents, confiés par leurs parents
à l’Église ou à la Mosquée pour y apprendre les bonnes manières. Caricature ?
Certes, mais elle contient sa part de vérité…
Voici deux mille ans, la religion juive était un
modèle d’organisation sociale. Elle n’avait pu maintenir à son plus haut niveau
d’autonomie la flamme nationaliste qui avait permis la conquête de la Terre
Promise et plus tard la puissance
d’un roi comme David ou Salomon. Politiquement, le petit peuple juif fut dominé par
les empires qui régnèrent en Mésopotamie et en Méditerranée. Mais,
religieusement, il garda sa fière indépendance, confiant que son Dieu lui assurerait la pérennité à travers tous les
siècles.
Son Dieu.
La perversion réside dans le possessif du «son». Le Dieu incarné en
Jésus-Christ s’efforça de faire comprendre aux chefs du judaïsme qu’il n’était
pas leur propriété, le porte-drapeau de leurs valeurs, le garant de leur pouvoir. Il
dénonça les multiples règles et normes religieuses par lesquels ces chefs
tenaient leur peuple en esclavage, jusqu’à prospérer à ses dépens. Peine
perdue! Les scribes et les pharisiens avaient des yeux, mais ils ne voulaient pas
voir; ils avaient des oreilles, mais ils ne voulaient pas entendre.
Puisque Dieu refusait de se conformer à l'image
de toute-puissance que de pieux intrigants lui avaient construite (afin de
cacher derrière elle leurs propres ambitions), le grand-prêtre Caïphe fit condamner Dieu pour blasphème.
Chacun pourra retrouver dans les textes évangéliques
l’incessante lutte de Jésus contre une religion pervertie par ses chefs à leur
avantage. Après le départ de Jésus, guidés par «l’Esprit-Saint», ses disciples
ont mené le combat anti-religieux au-delà de Jérusalem. Le champion en fut
l’Apôtre Paul. Ce fut un champion d’autant plus perspicace et percutant qu’il
avait, dans son adolescence, cédé aux excès fanatiques de l’aveuglement dévot.
Notre message suivant (15 janvier) montrera comment
Paul de Tarse a saintement développé le syndrome ANAR, pour le plus grand bien
du christianisme débutant et pour l’évolution culturelle de toute l’humanité
hors du carcan religieux.
Quand, deux mille ans plus tard, des courants religieux
—au sein du christianisme lui-même— ferment les yeux sur la réalité et
s’enfoncent à reculons dans les arguties frelatées d’un fondamentalisme
traditionnel, il me semble urgent de rappeler les libérations christique et
paulinienne.
Que
l’année 2010 soit pour chacun de vous l’occasion d’une libération!
Au début de ma carrière d’ingénieur, travaillant aux
États-Unis, j’ai sympathisé avec un collègue américain. Jack m’aidait à découvrir
l’Amérique que j’abordais pour la première fois ; je lui parlais de
l’Europe qu’il n’avait pas visitée. Un jour où j’évoquais la sensation de
liberté que j’éprouvais dans son pays, il me répondit :
— Oui, pour des raisons
historiques, le syndrome ANAR est une composante importante de notre société.
Il a ses avantages et ses inconvénients.
A.N.A.R. = Anti Norm And Regulation syndrome. Médecin, le
père de Jack m'expliqua que le terme syndrome désignait dans ce cas un
ensemble de symptômes dont la réunion ne constituait pas une maladie. Bien au contraire!!!
Avantages du syndrome ANAR : limiter l’emprise de la collectivité sur
l’individu; encourager l’initiative individuelle.
Inconvénients : opposition aux mesures
sociales contraignantes. Le président Obama peine à
faire passer "la santé pour tous". Citons aussi l’opposition de la NRA (National Rifle Association) à la réglementation des armes : dans
l’Ouest presque vide d’autrefois, le cow-boy n’avait pas besoin d’autorisation pour
posséder un fusil…
Quel rapport avec Primatin et une philosophie de
l’évolution? C’est en quittant leur cocon originel… c'est en refusant les contraintes de leur tribu natale que Primatin et Primatine arrivèrent à fonder la première famille vraiment humaine. Leur succès n'est pas dû au hasard. C'est l'effet d’une conscience assez libre pour choisir la voie du non-conformisme. C'est le fruit d'une volonté assez audacieuse pour réussir malgré les obstacles.
Ceux et celles qui bénéficient du syndrome
ANAR peuvent évoluer librement.
Hors la conformité dévote et le grégarisme des veaux.
A la fin d’une «année Darwin» qui débuta en célébrant la naissance du célèbre naturaliste (février 1809) et qui se termine en rappelant la publication de l’origine des espèces (novembre 1859), je fus invité à deux colloques sur le thème de l’évolution. Le premier se tenait un samedi matin sous le plafond prestigieux d’un amphithéâtre de la Sorbonne. Il était organisé par la revue Résurrection. Au menu scientifique : d’abord un expert de ce que mes petits-enfants et leurs camarades de collège nomment «SVT» (Sciences de la Vie et de la Terre); ensuite un professeur de biologie. Le naturaliste et le généticien nous rappelèrent le cadre complexe dans lequel continue de se développer la recherche de l’être humain sur lui-même et particulièrement sur ses origines. Ce rappel venait à point car, tout au long de l’année 2009, des simplificateurs abusifs ont résumé «l’évolution» en deux mots: un auteur, Darwin; une cause, le hasard. [Le biologiste signala une réserve que fit Charles en personne, lorsqu’il admit que son utilisation du terme hasard pouvait être le reflet de son ignorance.] Je fus déçu par l’intervention du conférencier-vedette, un Monsignore qui se contenta de "coller" l’évolution sur la doctrine traditionnelle de l'Église Catholique en matière de création. Cela me semble contraire à «l’audace pour découvrir de nouvelles voies», telle que suggérée par Jean-Paul II dans son encyclique La foi et la raison [§56].
*
Le lundi suivant, autre colloque. Amphithéâtre d’un autre style et traduction simultanée… Les puissances invitantes sont une Division scientifique de l’UNESCO, l’UIT (Université Interdisciplinaire de Paris) et Jean STAUNE auquel j’ai fait référence dans mon message précédent. En réunissant des conférenciers de haut niveau (Michael DENTON, généticien, était venu tout exprès d’Australie), Jean STAUNE avait un but : relayer des voix différentes de celles que nous avons entendues en France tout au long de l’année 2009, c’est-à-dire les voix intolérantes de quelques darwinistes. Pour tenter d’imposer leur idéologie, ceux-là (que je nomme hasardistes) ont une technique simple : ils ridiculisent et censurent comme créationnistes ceux qui ne s’inclineraient pas devant leur divin Hasard. Hasard bouche-trou ou Dieu bouche-trou, comment sortir du sophisme pseudo-métaphysique? En remplaçant la spéculation (scientiste ou religieuse) par l’expérience qui se trouve à portée de tout humain sorti de la grégarité animale, expérience personnelle de chaque femme et de chaque homme qui ont courageusement pris leur vie en mains, expérience multiple et concordante que chacun a de sa propre liberté. Cette expérience, nous pouvons la transposer au temps de nos premiers ancêtres vraiment humains, 30 000 ans avant demain. Ayons la curiosité d’imaginer comment autonomie corporelle et liberté spirituelle furent vécues par les hommes de Cro-Magnon! Sans organisation tribale forte, ils subissaient moins de contrainte sociale que nous. En revanche, les obstacles que leur opposait la nature leur inspirèrent des initiatives hardies. La dure vie «primitive» ne correspondait-elle pas à une forte capacité d'évolution? Par courrier (car je ne pus le proposer au colloque), j’ai adressé à Jean STAUNE le commentaire suivant : « Si dans quelques millénaires nos descendants maîtrisent des techniques leur permettant d’observer rétrospectivement le parcours vital de chacun d’entre nous, pourront-ils faire une claire distinction entre ce qui serait venu de notre liberté et ce qui nous aurait été imposé par la nature, par le hasard, par quelque fascisme politique ou religieux? « Tout ne vient-il pas de nos choix personnels, en particulier dans notre façon de réagir aux événements aléatoires et aux contraintes collectives? Transportant dans la préhistoire l’expérience contemporaine des hommes et des femmes qui prennent leur vie en mains, j’affirme que nos premiers parents ne sont issus ni de la magie d’un dieu ni de la fantaisie d’un hasard, mais bien de leur libre intelligence et de leur courageuse volonté. « Avec plus d’audace encore, j’explore en pensée les millions d’années qui précédèrent homo sapiens et j’ose y remplacer hasard par liberté du vivant. Cette liberté s'est accrue à travers le temps. Elle s’est développée en proportion des choix accessibles à chaque espèce dans l'époque où elle vécut. »
Nous sommes sur terre par hasard? NON! Nous sommes sur terre par notre libre choix (et surtout par celui de nos ancêtres). Ma vie a-t-elle un sens? OUI! Celui que je décide de lui donner chaque matin en me levant…
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Prochain message (15 décembre) : le syndrome A.N.A.R.
Au cours de «l’année Darwin» qui s’achèvera bientôt, des interprétations superficielles de l’évolution ont fait leur chemin dans la presse grand public. Il est certes utile de «vulgariser» des théories scientifiques complexes. Mais il est malhonnête de présenter comme certaines des hypothèses qui n’ont pas été prouvées par un nombre respectable d’expériences concordantes. Alors que le fait de l’évolution est aujourd’hui incontesté, on trouve pour l’expliquer de nombreuses théories qui se contestent l’une l’autre. Je suis reconnaissant à Jean STAUNE d’avoir établi une sorte de dictionnaire de ces théories dans son livre Notre existence a-t-elle un sens? [Presses de la Renaissance, 2007]. J'ai beaucoup appris en lisant ce livre. Un reproche que l’on pourrait faire à Jean STAUNE (ou à son éditeur), c’est d’avoir pris pour titre une question à laquelle, malgré ses 540 pages, le livre ne répond pas. Réponse impossible d'ailleurs… Existe-t-il une direction, un objectif vital qui pourrait —par le plus sage des arguments— s’imposer à l’être humain? Si un philosophe établissait le sens de la vie humaine avec une certitude absolue, alors sa découverte contraindrait tout homme et toute femme raisonnables à adopter un sens de la vie si bien démontré. Nous ne serions plus libres de choisir la direction de notre existence. La question Notre existence a-t-elle un sens? ne trouve une réponse concrète que dans la libre expérience de chacun. Mon choix personnel se situe loin du sens dicté par le Dieu de La Genèse (lui obéir) et loin du non-sens dicté par la déesse Fortuna (se soumettre au hasard). Comme je le déclare dans le texte en annexe: — Mon existence a-t-elle un sens? Oui, celui que je décide de lui donner chaque matin.
Importez le texte en annexe (9 pages, format pdf) en cliquant sur les mots soulignés